Comment êtes-vous entrée dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
Je suis vraiment entrée dans la magie quand j’ai commencé à jouer mes premiers tours aux terrasses des cafés pour voir si j’étais « magique » ! Et oui, c’est à ce moment que j’ai eu le déclic.
Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?
À mes vingt ans j’ai pris des cours de théâtre, de mime et de jonglage. Le Carré Silvia Montfort proposait alors des cours de magie et je me suis dit : « Ah pourquoi pas. Ça tombe bien. Je vais enfin connaître tous les secrets de l’univers ! » Au début j’ai trouvé ça très simple, très facile. Je me suis dit : « Oh, c’est pas possible de se faire avoir par ce genre de choses… » Mais si, c’est ça la magie !

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. À l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?
Tout d’abord, merci à Gaëtan Bloom, Pierre Switon et Alain de Moyencourt. Il y a aussi énormément d’autres personnes qui m’ont aidé directement ou indirectement, merci à eux ! Dans ce parcours, vous vous adaptez et vous faites des choix. Au début vous rencontrez la magie qui vous fascine et des magiciens qui vous déçoivent. Ils sont d’un autre âge, d’une autre époque… Alors vous décidez d’aller à la rencontre des magiciens qui vous étonnent. Au détour d’une rue, vous rencontrez un Alain de Moyencourt qui arrive sur sa planche à roulette pour faire des tours et les vendre (et il est aussi le vendeur de skate à Paris). Vous rencontrez aussi Pierre Switon pour apprendre la Boule Volante (mais il l’exécute tellement bien que je n’oserai jamais la faire), ainsi que l’ingénieux Gaëtan Bloom.
J’avais été acceptée au Cercle des Magiciens de Marseille et les adhérents qui étaient un petit peu âgés ne faisaient que des cartes ; donc j’ai eu les mille et une façons de les perdre (les cartes) les mille et une façons de les retrouver (les cartes) et je me suis dit qu’il y avait mille et une façons de m’ennuyer, alors j’ai arrêté les cartes ! Évidemment, après quelques années, je rencontre Juan Tamariz et là je me dis que les tours de cartes peuvent être fascinants ! Et non je ne sais toujours pas faire une « donne en second ».
Au début des années 1990, lors de la guerre du Golfe et de la crise économique, les salons et les soirées évènementiels sont annulés. Les budgets sont en attente et je n’ai plus aucun contrat. Je décide alors de partir faire un tour à la montagne. C’est l’anniversaire d’une personne assez importante dans la station, on m’invite et comme cadeau « magie » ! Et la magie opère par la suite. Je crois que j’ai performé dans tous les hôtels et resorts du coin. Grâce à votre petit sac à main, vous voilà rassurée financièrement et artistiquement. Vous pouvez jouer partout.
Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros
Je suis un peu touche-à-tout au début et j’essaie de m’adapter à toutes les propositions de spectacles de scène et de close-up. J’ai travaillé avec différentes compagnies de théâtre et de cirque, ce qui était beaucoup plus chaleureux. Le côté collectif et le mélange des différentes techniques étaient vraiment enrichissants. Pour démarrer, en 1982, j’ai eu la chance et le grand bonheur de travailler avec le cirque de Barbarie (cirque exclusivement féminin) à l’initiative de Barbara Vieille qui m’avait demandé de créer un numéro de scène et trois interventions. C’est à ce moment que j’ai créé le personnage de « La Fée Fédille », qui est devenue « Fédille » dans le milieu circassien. Mais pour mes contrats de prestige et de close-up, ce pseudonyme ne passait pas ; j’ai donc pris en parallèle le nom de « la fée » en faisant croire pendant longtemps que c’était mon vrai nom de famille (enfin à ceux qui voulait bien le croire et qui pensait que, quand même, on est prédestiné !).


Je demande à Gaëtan Bloom de m’aider pour le numéro. L’idée, c’est d’envahir la scène en arrivant a priori avec rien. Les autres personnages ? facile ! une punk avec des lames de rasoir, une ménagère pour la lévitation sur balais et un fakir pour les cordes. Avec quatre filles du cirque, on repart sur la route. Fildefériste, on monte le câble, la corde volante, on monte le portique,contorsionniste, bulle de savon et bien sûr de la magie ! On démarre par la côte atlantique pendant les vacances d’été, la côte méditerranéenne pour suivre et on finit à Florence sous la neige. Une belle aventure !



Au retour je mets en place mon personnage à dix mains. En 1992 je monte un numéro de dix minutes : La Poule en prenant tous les tours avec des œufs que je mélange allègrement pour faire une belle omelette à la fin. Non je plaisante, habillée en costume (pied de poule), avec une conférence sur l’œuf, je me transforme progressivement en poule et je fais apparaître… une poule !
Les Achille Tonic (Shirley et Dino) me demande d’être leur invitée surprise dans un cabaret mais autrement. Je suis trop contente ! Je réalise toujours en parallèle des soirées événementielles. Puis un spectacle pour enfants intitulé Un voyage sans histoire avec les « Magiciens du trottoir », une association créée en 1981 à l’initiative de Pierre-Antoine Grandry. Et mon personnage de la Fée Fédille joue au théâtre Jemmapes en 1996.



À la fin des années 1980, je travaille dans des lieux qui ouvrent comme les parcs d’attractions : La Planète Magique et Mirapolis, qui fermeront peu de temps après. Mais aussi Le parc Astérix avec Pierre Switon. Je suis invitée au Castell del Misteri chez Dominique Webb dans un authentique palais du XIVe siècle sur la Costa Brava espagnol. En 2005, je joue le spectacle jeune public Bric à Brac, l’entrepôt des rêves, où j’y fourretout mes rêves. Je travaille également pour des goûters d’anniversaire et de la magie d’appartement (c’est pareil), et dans des petites formes pour des festivals de rues (qui sont maintenant bien subventionnés) et les nouveaux cirques. Je tisse ma toile et les étoiles sont toujours au rendez-vous.
Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
Beaucoup de monde ! Les frères Confettis, Le Théâtre de l’Unité (La femme chapiteau, La 2CV théâtre, « Brigade d’intervention théâtrale » dont une avec des fées…). La compagnie Royal de Luxe et son Histoire de France avec sa scène qui s’ouvre comme un pop-up géant. Le Grand Magic Circus de Jérôme Savary, Tex Avery, les Marx Brother, Georges Méliès, les Monty Python, Tim Burton, Abdul Alafrez dans Mystère épais et magie profonde. Sylvester the Jester, Kevin James, Andrew Mayne, Doug Henning. Le Flying de Copperfield, Les Stomp, Philippe Decouflé, Banksy et Dismaland, le Cirque Invisible, le Cirque du Soleil, Xavier Mortimer, La Symphonie du Hanneton de James Thierrée, les 26 000 couverts. Émotion et merveilleux. Burning Man, Markus Raetz, Leandro Erlich, Gaëtan Bloom et les chips de Markobi. Mais aussi tellement d’autre fabuleux artistes et créateurs…


Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Tout ce qui vous fait pétiller les yeux, frétiller les neurones et sauter le cœur de joie (frémir les narines aussi !). Quand la magie n’est pas là où on l’attend. Il y a tellement d’expressions artistiques qui sont magiques sans qu’il y ait un seul tour de magie dedans, quand un spectacle, une exposition, une lecture, vous laisse émue, emportée, ravie.
Quels conseils et quels chemins recommander à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Fonce, on est tous débutants, personne ne t’attend, épate-les tous. « Invente ou je te dévore » (slogan du Théâtre de l’Unité). Aie de l’appétit pour l’étrange, le nouveau, le merveilleux. Et surtout amuses-toi, tu transmettras ce plaisir. Et pourquoi pas faire une business school pour ta petite entreprise de magie ?


Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
Incroyable ! D’une richesse affolante mais aussi d’une pauvreté désespérante. Il faut donc arriver à trouver la perle rare.
Quelle est l’importance de la culture dans l’approche de la magie ?
Énorme ! On pense souvent que culture égale sérieux et ennuie. On oublie que c’est aussi joyeux et festif, folklorique. Il est important de connaître sa culture mais surtout d’apprécier, d’accepter celles des autres et de mélanger les genres. Les festivals multiculturels sont très à la mode ! Et la mondialisation ce n’est pas magique ?


Quels sont vos hobbies en dehors de la magie ?
Le calme, le yoga, le dessin, la peinture et la lecture.
Interview réalisée en août 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Sylvie Plusquellec / Marie Borel / Didier Palages / Denis Mathieu / Romain Beaumont / Michel Charles / Claude Bloch. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.