Avec : Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée. Régie lumière : Nasser Hammadi. Régie son : Christian Leemans. Habilleuses accessoiristes : Judith Coloni Seither et Roxane Grallien. Régie plateau : Georges Garcia.
À l’origine du nouveau cirque, Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin ne cessent de peaufiner leurs numéros depuis une trentaine d’années. Leur spectacle évolue toujours, d’abord dans le Cirque Bonjour, puis dans le Cirque imaginaire avec leurs enfants James et Aurélia. Le Cirque invisible est la troisième représentation théâtrale créée et jouée par ces deux grands artistes, en tournée dans le monde entier depuis 1990. Victoria, quatrième enfant d’Oona et Charlie Chaplin rêvait d’être clown. Elle étudie la danse et la musique classique et devient une artiste multidisciplinaire. Elle est à la fois chorégraphe, costumière, funambule, transformiste, metteur en scène et j’en oublie. Jean-Baptiste Thierrée, vient du théâtre. Il a su puiser entre autre dans les congrès de magie les ingrédients de sa créativité. Il est un clown-magicien, savant fou, ingénieux, facétieux et inattendu. Tout le spectacle s’enchaîne rapidement alors qu’ils ne sont que deux sur la scène.

Le spectacle commence avec Jean-Baptiste un étrange Merlin l’Enchanteur aux cheveux blancs hirsutes qui fait une rotation complète de son tronc par rapport aux jambes avant de repartir immédiatement en coulisse. Puis il revient avec un guéridon à pompons présenter des tours de salon défraîchis et qui datent du siècle dernier mais qui nous surprennent quand même, car ils sont abondants et drôles (Par exemple la bougie allumée avalée, un Chop Cup récalcitrant, et mille autres effets imprévisibles et c’est ce qui fait leur charme). Victoria vient maintenant et semble glisser comme sur de la glace dans sa robe en forme de poire. Puis sa tête et ses bras disparaissent dans la robe. La robe devient un culbuto, puis une anémone pulsatille. En alternance les deux artistes arrivent chacun de leur monde imaginaire !
Jean-Baptiste nous présente des costumes improbables assortis avec sa valise d’où il tire des effets brefs et drôles : tour à tour homme zèbre, homme fleurs, homme image d’Epinal, homme tapisserie, homme fruits et légumes. Victoria représente la grâce et une ingéniosité sans borne ; Elle exerce le funambulisme sur et sous le fil. A la manière de Gérard Seti elle transforme sa robe et sa guêpière en cheval, une cape en poisson vorace qui l’attaque et provoque chez elle une blessure avec une hémorragie symbolisée par une production fleuve et sans fin d’un ruban rouge.


Avec elle, les ombrelles deviennent des oiseaux qui font leur parade d’amour. Le rideau devient un monstre gigantesque. Elle jongle avec d’immenses pots de fleurs et disparaît à l’intérieur. Une terrasse de café devient un dragon cracheur de feu. Nous ne voyons rien venir, c’est vraiment magique. Nous passons de la danse serpentine, à la femme orchestre puis au rocking-chair qui devient un escargot ou une autruche. Tout est grâce et esthétisme. Entre deux, Jean-Baptiste devient ventriloque avec ses genoux, il présente un hommage à Édith Piaf dans une mise en scène très drôle, une parade de poissons « jeux de mots ». Tous ses tours sortent d’une valise différente en accord avec son costume. Les balles de jonglerie, les fleurs en plumes, les animaux de basse court envahissent la scène et semblent tous sortir de ses valises. Il s’agit au deuxième degré de parodies de numéros existants (malheureusement encore), mais sous forme d’une autodérision sympathique et poétique. Les saynètes s’enchaînent sans temps mort alors qu’ils ne sont qu’eux deux : la femme sciée ne peut être raccommodée, les bicyclettes deviennent des sculptures, tout se métamorphose. Deux heures où se suivent des solos, certains très courts, et des duos, jusque dans les rappels qui ne finissent jamais. Il ne faut pas cligner des yeux sous peine de rater un effet. Nous sommes émerveillés et enchantés par leur univers imaginaire, par cet éblouissant spectacle d’une générosité incroyable. Quels artistes extraordinaires !

Le point de vue d’Edith Rappoport et de Philippe du Vignal
Naïveté éblouie, éblouissante aussi ! Ce sont les mots qui viennent quand on revoit, trente ans après ce vieux couple juvénile, lui agitant sa belle crinière blanche, arborant d’incroyables costumes pour des petits tours de magie toujours courts et surprenants, elle dans sa longue chevelure adolescente se balançant en culbuto, se lançant dans un joli tour de fil, avec leurs oies et leurs lapins. Leurs interventions, toujours courtes, incisives, drôles et poétiques sont un vrai régal. Le clou du spectacle, Jean-Baptiste, Édith Piaf et les compagnons de la chanson !
On les avait connus autrefois, autrefois… C’est Georges Goubert, le fidèle compagnon de Vitez et Jean Vilar qui les avaient conviés au festival d’Avignon. Ils s’appelaient à l’époque le Cirque Bonjour avec des fauves, un orchestre et plein d’artistes, puis ils ont créé le Cirque imaginaire, et deux enfants James et Aurélia que l’on a pu voir dans quelques spectacles merveilleux au Théâtre de la Ville. Le cirque invisible avait déjà été présenté il y a trois ans dans ce même théâtre du Rond-Point.
Le spectacle tient un peu du cirque, beaucoup de la magie, avec une formidable dose d’humour et de décalage visuel, le tout enveloppé dans un nuage poétique d’une rare qualité. On ne va pas vous dévoiler la suite de numéros qu’à tour de rôle ou à deux , ils accomplissent : il y a des valises/ décors, des verres qui se vident et se remplissent comme par enchantement, des foulards incroyables, des canards qui apparaissent, des boîtes à transformation, un gros lapin blanc qui surgit, etc. C’est fait sans avoir l’air d’y toucher mais il y a bien sûr un travail d’une précision fabuleuse, et les animaux semblent obéir comme par enchantement. Cela dure deux heures avec un petit entracte, et c’est parfait. Seul bémol, la fin n’est pas très intéressante et il y a comme des mini bis qui n’apportent pas grand chose à ce qui reste un grand spectacle que le public ovationne longuement.
Source : Le Théâtre du blog. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Brigitte Enguérand / Le Cirque Invisible. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.