Comment avez-vous découvert la magie ? Quel a été le déclic ?
Mon histoire avec la magie a commencé parce que j’étais la seule personne de mon groupe d’amis à ne pas savoir comment un tour en particulier était réalisé. Un ami m’a montré un tour et j’ai immédiatement été intrigué. Je voulais savoir comment il fonctionnait, mais il refusait de me le dire. J’ai insisté pendant près d’un mois jusqu’à ce qu’il finisse par m’expliquer le truc. Et lorsque j’ai découvert le secret, au lieu de me dire : « OK, maintenant je sais comment ça marche », ma réaction a été : « Comment puis-je me procurer ce tour pour moi-même ? » C’est ainsi que tout a commencé. J’avais environ quinze ans et, dès cet instant, je suis devenu totalement mordu de magie. Je me suis mis à chercher des livres, des DVD, des tours et tout ce que je pouvais trouver pour apprendre. Ce qui me fascinait, ce n’était pas seulement le secret. C’était de réaliser qu’on pouvait faire croire à quelqu’un, ne serait-ce que quelques secondes, qu’une chose impossible venait de se produire. Et je crois que c’est exactement ce que je recherche encore aujourd’hui.

Quand avez-vous fait vos premiers pas et comment avez-vous appris ?
Au début, j’ai beaucoup appris en autodidacte. À l’époque, YouTube n’offrait pas la quantité d’informations disponible aujourd’hui ; je cherchais donc des livres et des DVD, j’achetais des tours et j’essayais de comprendre tout ce que je pouvais. J’ai commencé en me concentrant essentiellement sur la manipulation. J’ai même exploré la manipulation avec des CD, car j’aimais beaucoup cet aspect visuel. Mais avec le temps, j’ai réalisé que j’appréciais davantage les réactions du public que la technique elle-même. J’aimais faire rire, impliquer une personne dans le tour, parler pendant que la magie opérait. J’ai commencé à comprendre que la magie pouvait être bien plus que la simple exécution correcte d’une technique. J’ai également cherché à me former dans d’autres domaines artistiques. Je suis diplômé en animation et production artistiques et j’ai aussi suivi une formation de théâtre. Ces expériences ont fini par fortement influencer ma vision de la magie, notamment en ce qui concerne la présence scénique, la communication, l’interprétation et la relation avec le public. Je pense que la magie m’a beaucoup appris sur le spectacle, mais le théâtre et ma formation artistique m’ont aussi appris à envisager la magie sous un angle différent. Et, bien sûr, la meilleure école a été la scène.

À dix-huit ans, j’ai participé à l’émission Portugal Tem Talento et j’ai atteint les demi-finales. Ce fut une expérience très importante, car j’ai commencé à me produire devant un public bien plus large et dans un environnement totalement différent de celui auquel j’étais habitué. Ensuite sont venus les galas, les événements, les spectacles et de nombreuses heures sur scène. Et aujourd’hui encore, j’apprends à chaque représentation.
Quelles sont les opportunités ou les personnes qui vous ont aidé ? À l’inverse, un événement a-t-il déjà freiné votre progression ?
Plusieurs personnes ont joué un rôle important dans mon parcours, notamment d’autres artistes et magiciens que j’ai rencontrés au fil des ans. Mais je pense que les opportunités ont également joué un rôle majeur. L’émission Portugal Tem Talento a été une sorte de tremplin pour moi, cela m’a ouvert des portes. Peu de temps après, j’ai été invité à me produire lors du Gala international de magie de Magic Valongo ainsi qu’à celui de Magic Chaves. Ces opportunités ont été cruciales, car je suis passé de prestations dans des cadres plus restreints au partage de la scène avec des magiciens et des artistes venus de différents pays. Plus tard, j’ai également participé au concours de magie de scène de Magic Valongo, où j’ai remporté le troisième prix. Chacune de ces expériences a enrichi mon parcours. Parfois, c’était sur le plan artistique ; d’autres fois, il s’agissait de l’expérience de la scène, de la pression d’un concours ou simplement de comprendre ce que signifiait partager l’espace avec des artistes que j’admirais.



L’une des opportunités les plus marquantes s’est présentée quelques années plus tard, lorsque j’ai eu la chance d’emmener mon propre spectacle au Mexique. En 2016, La Magia de André de Castro a été présenté pour la première fois à Tijuana. Ce fut une expérience très importante pour moi. J’emmenais un spectacle créé au Portugal dans un autre pays, face à un public et une culture différents. J’ai dû m’adapter et comprendre que certaines choses qui fonctionnaient ici devaient être abordées différemment là-bas.

Il y a aussi eu des moments difficiles. Des projets qui n’ont pas abouti, des prestations qui ne se sont pas déroulées comme je le souhaitais, et des instants où je me suis demandé si telle ou telle voie était la bonne. Mais je pense que cela fait partie du jeu. Avec le temps, on apprend à ne pas accorder trop d’importance à ce qui a mal tourné. Le lendemain, il y a une nouvelle représentation et il faut être prêt.
Quelles sont vos compétences ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros.
Aujourd’hui, j’interviens dans plusieurs domaines : la magie de proximité (close-up) et la magie de scène. Dans plusieurs situations : les mariages, les événements d’entreprise, les spectacles pour enfants, les ateliers et les projets personnalisés. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est l’alliance de la magie et du divertissement. J’apprécie particulièrement la magie de proximité car je suis au plus près du public. Il n’y a ni scène ni distance. Je me trouve face à la personne et je fais souvent en sorte que la magie opère directement dans ses mains. C’est très exigeant, car il y a peu d’endroits où dissimuler quoi que ce soit. Si quelque chose tourne mal, on est immédiatement exposé. Mais c’est aussi là que naissent certaines des réactions les plus authentiques. Sur scène, j’aime mêler magie, humour et participation du public. Ma formation théâtrale m’a beaucoup aidé dans ce domaine, notamment pour comprendre l’importance du rythme, de la présence et de la narration.


J’aime aussi beaucoup adapter la magie au contexte. Un mariage n’est pas un événement d’entreprise. Un anniversaire n’est pas un spectacle de scène. J’essaie donc de ne pas présenter exactement le même numéro partout. Parfois, la personnalisation consiste simplement à modifier la présentation. D’autres fois, il peut s’agir de créer un numéro ou une situation spécifique pour une personne, une entreprise ou un événement particulier. C’est là, selon moi, qu’une identité personnelle commence à s’affirmer.
Quelles prestations de magiciens ou d’artistes vous ont marqué ?
Plusieurs artistes m’ont influencé à différentes étapes de mon parcours. Au Portugal, Luís de Matos est évidemment une référence incontournable. J’ai toujours admire sa façon de transformer la magie en spectacle et, surtout, sa présence scénique. À l’international, David Copperfield a eu un impact considérable sur moi. L’envergure de ses spectacles permet de comprendre que l’illusion peut être bien plus qu’un simple tour : elle peut constituer une expérience à part entière. D’autres noms, comme David Sousa, Ta na manga, Helder Guimarães et Derren Brown, m’ont également influencé. Mais je ne pense pas que mes références se limitent au monde de la magie. J’apprécie beaucoup les humoristes, les acteurs et les présentateurs. La comédie m’a beaucoup appris sur le timing et la réaction du public. Le théâtre m’a appris la présence et l’art de la scène. Et je pense que tout cela a fini par influencer ma façon de travailler.
Quels styles de magie vous attirent ?
J’aime beaucoup la magie de proximité (close-up) et la magie de scène. Je m’intéresse aussi à la manipulation, à la magie debout (stand-up) et au mentalisme. La manipulation a été l’un des premiers domaines que j’ai explorés à mes débuts, et j’apprécie toujours autant son aspect visuel. Mais avec le temps, j’ai réalisé que ma façon d’aborder la magie m’orientait davantage vers l’interaction et l’humour. J’aime échanger avec les gens, jouer avec eux et observer leurs réactions. Pour moi, il ne suffit pas que le tour soit réussi. Si, une fois l’effet terminé, la personne se dit simplement « OK, c’était un tour de magie », j’ai le sentiment qu’il manque quelque chose. Je veux qu’il y ait une histoire, une réaction, un rire, ou ce moment précis où quelqu’un me regarde et me demande : « Comment avez-vous fait ? » C’est ce que je recherche.

Quelles sont vos influences artistiques ?
Mes influences sont très variées. La magie, bien sûr, mais aussi le théâtre, le cinéma, la télévision, la musique et l’humour. Ma formation en théâtre ainsi qu’en animation et production artistiques m’a également amené à envisager le spectacle sous un angle plus large. J’ai commencé à comprendre que ce n’est pas seulement ce que l’on fait qui compte. La manière d’entrer en scène, la façon de parler, l’utilisation de l’espace, la création de l’attente et la sortie de scène font toutes partie intégrante du spectacle. J’apprécie particulièrement les artistes qui possèdent une identité forte et personnelle. Je pense que c’est l’un des plus grands défis pour tout artiste : parvenir à un stade où l’on ne se contente plus de reproduire ce que l’on a appris des autres. Au début, on imite des références. C’est normal. Mais ensuite, il faut trouver sa propre façon de faire. C’est ce que je m’efforce encore de faire aujourd’hui.
Quels conseils donneriez-vous à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
N’essayez pas d’apprendre cinq cents tours. Apprenez-en quelques-uns très bien et présentez-les à maintes reprises. Et surtout, passez à l’action : produisez-vous devant un public. Il est très facile de s’entraîner chez soi et de penser qu’un numéro est fantastique. Puis, on se retrouve face à une vraie personne et l’on réalise que la moitié du numéro ne fonctionne pas comme on l’avait imaginé. Je suis passé par là moi aussi. Étudiez la magie, bien sûr, mais intéressez-vous aussi au théâtre, à la comédie, à la communication et à la psychologie humaine. Et n’ayez pas peur de l’échec. Une prestation qui tourne mal peut nous apprendre bien plus qu’une prestation parfaite. Un autre point qui me semble important est de ne pas chercher à copier un autre magicien. Il est normal d’avoir des références et d’imiter ceux que l’on admire ; cela fait partie de l’apprentissage. Mais vient un moment où il faut comprendre qui l’on est en tant qu’artiste. Car, au bout du compte, les gens ne retiendront pas seulement le tour. Ils se souviendront de la personne qui l’a présenté.
Que pensez-vous de la magie actuelle ?
Je pense que nous vivons une époque très intéressante pour la magie. Aujourd’hui, nous pouvons toucher des gens aux quatre coins du monde grâce aux réseaux sociaux. Un magicien portugais peut publier une vidéo et, quelques heures plus tard, celle-ci peut être vue par des personnes qui n’avaient jamais entendu parler de lui. Les tours de magie intègrent aussi davantage de technologie, ce qui permet de créer des effets qu’on n’aurait jamais imaginés possibles auparavant. Et c’est fantastique. Mais je pense aussi qu’il y a un risque à trop concevoir la magie pour la caméra. Un numéro peut très bien fonctionner dans une vidéo de quinze secondes et ne pas du tout marcher en spectacle vivant. Lorsque je me produis, ce qui compte le plus pour moi, c’est la personne qui se trouve en face de moi. Je veux voir sa réaction, discuter, improviser si nécessaire et adapter ce que je fais. Une vidéo montre l’effet. En spectacle vivant, il y a toute l’expérience qui entoure l’effet. Et je ne pense pas que cet aspect disparaîtra un jour.

Quelle est l’importance de la culture dans l’approche de la magie ?
C’est très important. Une blague qui fonctionne au Portugal peut ne pas avoir le même effet dans un autre pays. Une référence culturelle connue de tous ici peut être totalement inconnue ailleurs. Je l’ai très bien compris lorsque je me suis produit au Mexique. On ne peut pas simplement prendre un numéro conçu au Portugal et le traduire mot pour mot. Il faut comprendre le public que l’on a en face de soi, mais j’ai aussi découvert quelque chose d’intéressant : malgré les différences culturelles, certaines réactions sont quasi universelles. Les gens aiment rire, ils aiment être surpris et ils essaient de percer le secret. Et lorsqu’ils n’y parviennent pas, ils se regardent comme pour dire : « Tu as vu ça ? » C’est ce qui rend la magie si intéressante. Nous pouvons parler des langues différentes et être issus de cultures variées, mais le sentiment d’émerveillement est universel.
Quels sont vos hobbies en dehors de la magie ?
En dehors de la magie, j’aime surtout passer du temps avec ma famille. J’aime voyager, découvrir de nouveaux endroits, et je m’intéresse aussi beaucoup à la technologie. Il m’arrive de regarder un film, d’être au restaurant ou dans un magasin, ou simplement de discuter avec quelqu’un, et soudain une idée me vient : « Cela pourrait faire un bon tour. » La magie fait donc probablement déjà partie de ma façon de voir les choses. J’ai commencé à quinze ans et bien des années ont passé depuis. À un certain stade, cela cesse d’être simplement un métier ou un passe-temps. Cela devient une partie de vous-même.
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Interview réalisée en septembre 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Omar GH / Freemantel / João Seagull / Magic Valongo / Dinis Vital / André de Castro. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.