Comment êtes-vous entré dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
C’est vers huit ans que je suis tombé dans la « marmite » de la magie. J’ai assisté à un spectacle de magie dans lequel le magicien avait une corde qui n’arrêtait pas de s’allonger ! Mais comment cela pouvait-il être possible ?
Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?
Après avoir travaillé seul durant de nombreuses années, je fis mon premier spectacle public le 1er juin 1986 pour mon employeur de l’époque. Ce n’était pas loin d’être une catastrophe… en fait si c’était la cata. J’ai donc décidé de continuer à m’entrainer beaucoup, de rencontrer un maximum de magiciens, et encore de m’entrainer afin d’améliorer mes techniques. J’ai travaillé ensuite tous les weekends pendant sept ans dans deux cabarets et avec le comité Miss France avant de m’installer comme professionnel en 2002.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. À l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?
Ma rencontre avec Gilles Arthur, ses encouragements, ses critiques, et les rencontres que j’ai pu faire au sein de mon club le Nord Magic Club m’ont permis d’élargir mon champ de vision, ma perception de la magie et de tenir d’avantage compte du public. Par contre certaines rencontres avec des personnes aux points de vue étroit auraient pu me freiner, mais au contraire, ils m’ont démontré ce qu’il ne fallait pas faire, plus j’avançais dans mon cheminement, plus je me rendais compte que j’étais sur la bonne voie. Dès le début j’ai eu aussi une attention poussée pour mes partenaires et elles ont toujours été valorisées et misent à l’honneur, surtout la « petite » dernière Manon d’1m73 qui est une vraie artiste avec qui je travaille maintenant depuis douze ans et qui est certainement parmi celle qui m’ont apporté le plus.

Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros
En magie je fais du close-up (même si ces dernières années j’ai mis cette magie entre parenthèse dû à la forte demande de spectacles), de la manipulation principalement de corde, de la magie interactive avec notamment du mentalisme humoristique et des grandes illusions. Pour ce qui est des interventions de gala, j’en fais très peu, je suis plutôt contacté pour mes spectacles complets. Depuis longtemps déjà, je fais de la magie théâtralisée. Après avoir créé d’autres spectacles (Bienvenue dans nos rêves et Au Phil de vos rêves) mon choix artistique c’est porté sur le renforcement du côté théâtral par la création de véritables pièces servies par la magie, avec une histoire et des décors, des accessoires et des illusions fabriqués dans mes ateliers car je suis menuisier de métier. Nous répétons beaucoup, non seulement les numéros, mais aussi l’ensemble du spectacle et nous sommes souvent en « résidence ».


Ayant déjà quelques numéros inspirés du cinéma (Star Wars, Charlot, La soupe aux choux, Ghost, …), mon choix c’est porté sur le septième art et c’est comme ça qu’est né Moteur, Action, La Magie comme au Cinéma. L’histoire d’une petite fille qui discute avec son grand-père de la carrière d’actrice de sa grand-mère et on découvre à la fin qu’elle est partie rejoindre les cieux avec « ghost » une double lévitation à 5 mètres. Même si nous avons rencontré un vrai succès avec ce spectacle, de mon point de vue, et du fait que je l’avais écrit seul, j’y avait fait une erreur en « m’oubliant » un peu et en ne clôturant pas vraiment mon personnage à la fin.



De ce fait dans l’écriture du spectacle suivant L’Académie des Sorciers et le coffre des secrets, nous avons pris la décision de faire une écriture en « Brainstorming » principalement à trois avec Manon et Pascale. Couplé à la période Covid qui m’a donné le temps de fabriquer beaucoup de choses et de peaufiner les détails, le résultat nous a bluffé et le succès a été immédiat avec, comme consécration, le « Prix du meilleur spectacle de Magie » de France 2022 catégorie « Grand show » décerné par la FFAP. Malgré un prix assez conséquent (environ 10 000€), les cinq dernières années ont été particulièrement chargées et nous avons eu l’occasion de jouer ce spectacle sur tout le territoire avec des souvenirs comme à Argelès-sur-Mer avec une double standing ovation ou encore le Zénith de Nantes avec 5500 spectateurs.


L’heure de la retraite administrative sonnant, nous avons décidé, dans l’écriture de La Veillée des Jouets, notre dernier show qui sort cette année, d’être un peu plus « léger » ce qui ne nous empêche pas de sortir en novembre, notre nouveau spectacle d’1h30/40 avec décor, magie, grandes illusions et numéros acrobatiques qui raconte l’apprentissage par les jouets (qui prennent vie aux douze coups de minuit) du « peut-être » futur Père-Noël. En fait le point commun de nos spectacles est une histoire « servie » par la magie et franchement on adore et apparemment le public aussi.
Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
M’ont influencé tous ces magiciens de talent qui sont capables de faire rêver leur public sans prise de tête. Il en a beaucoup (tant mieux) et je vais malheureusement en oublier (qu’ils m’en excusent) mais déjà Michael Châtelain (créateur), Yann Frisch, Hans Klok et plein d’autres qui sont dans ma tête. Ceux de mon enfance aussi Garcimore, Gérard Majax, Gilles Arthur, Ali Bongo, Jacques Delord, etc., tous ceux qui ont fait que j’ai mis le pied à l’étrier.
Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Quand la magie est bien faite, presque tout m’attire : la manipulation, les grandes illusions, le mentalisme… Pendant sept ans j’ai organisé le Printemps de la Magie à Gravelines dans le Nord et j’ai eu l’occasion de croiser beaucoup d’artistes qui m’ont tous ravis par leur magie et par leur style, dommage que l’on est dû arrêter suite à l’incendie du Sportica.


Quelles sont vos influences artistiques ?
Mon influence artistique est avant tout théâtrale, ce qui est l’essence même de mes spectacles à l’heure actuelle, faire des tours de magie justifiés par l’histoire apporte une dimension incroyable.
Quels conseils et quels chemins recommander à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Je pense qu’un(e) magicien(ne) débutant(e) devrait faire du théâtre. Ne sommes-nous pas des acteurs qui faisons croire que nous sommes magicien ? Et aussi mettre l’accent sur l’entrainement, je vois malheureusement trop souvent des magiciens qui ne s’entrainent pas et ça se voit, et s’entrainer ce n’est pas faire un tour que dix fois !
Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
Pour moi la magie actuelle est trop souvent à base d’électronique et/ou de téléphone ce que je déplore, comparez avec la musique, on voit toujours des musiciens avec des instruments traditionnels, je préfère voir un magicien étonner son public avec cinquante-deux morceaux de carton plutôt qu’avec un téléphone et une application quelconque.

Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?
Il faut absolument voyager, rencontrer du monde, visiter des monuments, étudier l’histoire, etc. Bref tout cela « nourrit » l’esprit et le conditionne à la création. C’est beaucoup mieux que de copier d’autres magiciens qui réussissent, il n’y a aucune gloire à ça.
Vos hobbies en dehors de la magie ?
Sinon en dehors de la magie, j’ai plusieurs hobbies qui sont complémentaires avec notre art : La lecture (beaucoup), l’astronomie et surtout le travail du bois : menuiserie, ébénisterie, sculpture, marqueterie et tournage sur bois. J’ai un atelier de 80m2 à faire pâlir un professionnel 😊
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Interview réalisée en octobre 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Magic Phil / Enzo-Airbus / Dan et Nath. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.