Comment êtes-vous entré dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
Ça fait maintenant près de vingt-cinq ans que je fais de la magie. Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai d’abord été fasciné par ce que je pouvais voir à la télévision, notamment chez Patrick Sébastien, avec Bernard Bilis et beaucoup d’autres magiciens. Mais mon tout premier contact avec la magie vient d’un endroit assez improbable. Quand j’étais gamin, j’avais une boîte qui regroupait plusieurs jeux de société : les petits chevaux, le jeu de l’oie, etc. À l’intérieur, il y avait évidemment une notice avec les règles des différents jeux, mais il y avait aussi quelques tours de magie expliqués, que l’on pouvait réaliser avec un jeu de cartes tout à fait normal. Je pense que mon premier déclic est vraiment venu de là.

Ensuite, je n’ai pas forcément pratiqué la magie de manière intensive tout de suite, mais j’ai toujours gardé cette habitude d’avoir un jeu de cartes pas très loin et de connaître deux ou trois petites choses que je pouvais montrer. Il y a eu un deuxième moment important, avec une date dont je me souviens très bien : 2002, le mariage de mon cousin. Il y avait un magicien qui faisait une prestation et je me souviens m’être dit : « Putain, ça, ce serait quand même chouette comme métier ! » C’est probablement à ce moment-là que j’ai commencé à regarder la magie autrement. Le problème, c’est qu’à l’époque l’accès à l’information n’avait absolument rien à voir avec aujourd’hui. Il fallait trouver les bonnes personnes, les bons livres, les bonnes vidéos… Tout était beaucoup moins accessible.
Et puis arrive 2016, l’année de mon propre mariage. Évidemment, j’avais pris un magicien ! Et là, j’ai eu le déclic définitif. Je me suis dit que je n’avais plus envie que la magie soit simplement quelque chose que je pratiquais de temps en temps. J’avais envie d’aller beaucoup plus loin. Depuis, elle a pris de plus en plus de place jusqu’à devenir mon métier à part entière, notamment avec la création de Merlin Magie. Finalement, je n’ai pas eu un déclic, mais plusieurs. Une petite notice dans une boîte de jeux quand j’étais gamin, un magicien au mariage de mon cousin en 2002, puis un autre à mon propre mariage en 2016. La magie est revenue plusieurs fois me chercher avant que je décide finalement de ne plus la laisser repartir.
Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?
Le véritable premier pas, je l’ai franchi après mon mariage, en 2016. C’est à ce moment-là que j’ai rejoint un club de magie et que j’ai commencé à structurer beaucoup plus sérieusement mon apprentissage. Mais avant même d’entrer dans un club, j’avais déjà commencé à construire ma propre culture magique. J’étais notamment fasciné par Jack Carpenter, par sa technique avec les cartes et particulièrement tout son travail autour des techniques de triche. C’est quelqu’un que j’ai énormément étudié. Je n’ai d’ailleurs jamais vraiment suivi les sentiers battus. En France, lorsqu’on commence sérieusement la cartomagie, on tombe assez naturellement sur Bernard Bilis, Dominique Duvivier et quelques autres grandes références. J’ai évidemment énormément de respect pour leur travail, mais j’ai rapidement eu envie d’aller chercher ailleurs. Jack Carpenter a beaucoup compté, mais également Wolfgang Moser, John Guastaferro et Michel Huot, avec qui j’ai aujourd’hui de très bons contacts. Je pense que ça a beaucoup influencé ma façon de travailler aujourd’hui. Je n’ai jamais voulu simplement apprendre une succession de tours. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre pourquoi quelque chose fonctionne, comment c’est construit, pourquoi le spectateur regarde ici plutôt que là, et comment chaque magicien développe finalement sa propre façon de faire de la magie.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé ? À l’inverse, un événement vous a-t-il freiné ?
S’il y a une personne que je dois citer immédiatement, c’est Damien Vappereau. Et je pense que je n’aurai peut-être pas assez d’une vie pour le remercier de tout ce qu’il m’a apporté ! Damien a vraiment été celui qui m’a permis de mettre le pied à l’étrier dans le monde de la création magique et surtout de transformer certaines de mes idées en projets que l’on pouvait réellement proposer à d’autres magiciens. Aujourd’hui, notre collaboration va beaucoup plus loin. On échange quasiment sur tout ce que l’on crée. Quand je développe quelque chose, Damien n’est généralement jamais très loin, et inversement. Ce qui fonctionne bien entre nous, c’est qu’on a deux façons de réfléchir assez différentes, mais très complémentaires. On peut partir d’une idée complètement brute : « Ce serait quand même incroyable si on pouvait faire ça… » Et ensuite, on cherche. Comment le rendre possible ? Comment l’améliorer ? Comment le présenter ? Et surtout, comment faire en sorte que ce qui est déjà un bon effet devienne quelque chose de vraiment fort pour le public ?
À l’inverse, je ne dirais pas qu’un événement particulier m’a réellement freiné. J’ai évidemment connu des difficultés, des déceptions et des choses qui n’ont pas fonctionné comme je l’espérais. Mais j’ai une capacité assez naturelle à me remettre en question. Avec le recul, je me rends compte que beaucoup de choses que j’ai vécues comme négatives à un instant donné sont devenues positives quelques mois ou quelques années plus tard. Donc finalement, même les obstacles qui auraient pu me ralentir sont souvent devenus de nouveaux moteurs.
Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos spectacles et numéros.
Je suis avant tout un mec de close-up et un cartomane. C’est vraiment mon terrain naturel. J’ai énormément travaillé les cartes et la manipulation, avec des influences comme Jack Carpenter, John Guastaferro et beaucoup d’autres. J’aime cette proximité du close-up. On est à quelques centimètres des spectateurs et, finalement, on n’a pas vraiment d’endroit où se cacher. Je travaille également énormément face caméra. Je suis très présent sur les réseaux sociaux et ça m’a obligé à réfléchir différemment à la magie. Une caméra placée à quelques dizaines de centimètres de vous ne se comporte pas du tout comme un spectateur. Un spectateur regarde votre visage, réagit, détourne les yeux. Une caméra, elle, ne détourne jamais les yeux.


J’ai donc énormément travaillé la misdirection verbale, le rythme, le cadrage et toutes ces petites choses qui permettent de recréer un détournement d’attention alors qu’on travaille face à un objectif. Et depuis quelque temps, je développe beaucoup plus mon travail de scène. J’ai récemment intégré l’Équipe de France Espoir de magie FFM, ce qui m’oblige aujourd’hui à pousser encore plus loin mon numéro de concours. Une partie de mon travail de scène tourne notamment autour de QRP, l’une de mes créations, qui me permet de travailler autour de la Master Prediction avec des choix totalement libres, sans complice, sans pré-show et sans forçage classique.
À côté de cela, j’écris également un spectacle d’environ une heure qui s’appelle Et si tu avais su… C’est un spectacle de mentalisme, de magie et de vie autour du temps qui passe, des choix, des regrets, du hasard et des souvenirs. Je suis seul sur scène et je retrouve une vieille boîte à chaussures. Dedans, il y a une montre arrêtée, une lettre jamais envoyée, un billet de train froissé, des photographies… Chaque objet ouvre une porte vers un souvenir, une décision ou un moment qui a changé quelque chose, ou qui aurait peut-être pu tout changer. Je veux mélanger l’humour, l’illusion et la lecture de pensées pour raconter quelque chose de personnel, mais finalement assez universel. Parce que je pense qu’on a tous quelque part une boîte comme celle-là. Et finalement, le spectacle parle peut-être moins de magie que du temps. Parce que la vraie magie, au fond, c’est peut-être simplement lui : le temps qui passe et ce qu’on décide d’en faire.
Comment concevez-vous vos créations de tours, comme Interruptour, Never Late ou QRP ? Comment passez-vous de l’idée à la commercialisation ?
Ces trois créations sont intéressantes parce qu’elles sont nées de trois manières complètement différentes. Interruptour a une histoire assez amusante. Il trouve notamment son origine dans une routine de type « Ici et là » que je pratiquais déjà vers 2012 ou 2013, de mémoire. Par la suite, un confrère suisse a développé et protégé sa propre routine et son texte autour de cette présentation. Il fallait donc évidemment partir complètement ailleurs. Et finalement, cette contrainte m’a donné une idée : travailler avec des ampoules. Une ampoule s’allume, s’éteint, puis les couleurs changent. Entre magiciens, ça peut presque paraître trop simple. Et pourtant, devant un vrai public, ça fonctionne extrêmement bien. Parce qu’ils voient quelque chose de très simple à comprendre et pourtant totalement impossible à expliquer.


Never Late, c’est complètement différent. Et je tiens à être très clair là-dessus : l’idée originale, la routine et le principe viennent de Damien Vappereau. Il faut savoir rendre à César ce qui appartient à César ! Moi, je suis arrivé ensuite avec d’autres idées et j’ai principalement travaillé sur la direction artistique, les cartes utilisées, les métiers, les noms et surtout l’histoire qui permet d’habiller l’effet. C’est exactement ce que j’aime dans notre collaboration. Parfois Damien arrive avec le moteur et moi avec la carrosserie. Sur un autre projet, ce sera peut-être l’inverse.


Et puis il y a QRP, Quick Response Prediction. C’est une histoire qui remonte à quinze ou seize ans. À l’époque, j’avais assisté à une Master Prediction classique et j’avais participé, en coulisses, à une partie de sa mise en place. Sans évidemment expliquer le secret d’une Master Prediction, j’avais donc pu voir les contraintes liées à ce type de numéro. Et ce jour-là, je me suis fait une promesse : un jour, je réussirai à faire une Master Prediction seul, sans assistant, sans pré-show, sans forçage et avec des choix réellement libres. Il m’aura fallu quinze ans, mais QRP est finalement la concrétisation de cette promesse. C’est aujourd’hui probablement ma création la plus importante et c’est également un outil que j’utilise moi-même dans mes numéros de concours. QRP m’a notamment accompagné dans mon travail au Championnat de France 2025, où j’ai reçu un « Prix CIPI de scène », puis au concours International Create Illusion (ICI) aux Sables-d’Olonne en 2026 où j’ai obtenu un « Prix de perfectionnement ».

Ensuite, la commercialisation est finalement la continuité logique. J’ai aujourd’hui Merlin Magie, donc j’ai ma propre structure pour proposer mes créations. Certaines ont maintenant été commercialisées aux États-Unis, dans plusieurs pays européens et jusqu’en Asie. Mais avant de commercialiser quelque chose, il y a énormément de tests. Parce qu’une idée peut être géniale dans ma tête ou sur une table et beaucoup moins géniale devant dix personnes ! Pour moi, créer un tour, ce n’est pas simplement trouver un truc. C’est souvent partir d’une impossibilité et se demander : « Comment est-ce que je peux rendre ça possible ? » Et ensuite : « Comment faire pour que le spectateur s’en souvienne ? »
Quand, comment et pourquoi avez-vous créé Merlin Magie, une boutique spécialisée pour les magiciens ?
Merlin Magie, c’est finalement la rencontre entre mes deux vies : l’entrepreneuriat et la magie. J’ai passé plus de vingt ans dans l’informatique et l’IT. J’ai été consultant, puis j’ai occupé des fonctions de direction et de gestion d’entreprises, avec des activités représentant plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires et des organisations de plusieurs centaines de collaborateurs. Et pendant tout ce temps, la magie prenait progressivement de plus en plus de place. Je faisais notamment énormément de lives sur TikTok et les réseaux sociaux. J’utilisais déjà le nom « Merlin », presque par hasard à l’époque. Quand ma dernière expérience professionnelle dans l’IT s’est terminée, j’ai fait un bilan de compétences et l’une des pistes qui en est ressortie était le commerce de détail. Je me suis dit : « quitte à créer un commerce, autant le faire dans le domaine que je connais et que j’aime. » Merlin Magie est donc née en août 2024. Et dès le départ, j’avais une idée très simple : créer une boutique pensée par un magicien, pour les magiciens. Aujourd’hui encore, je me considère comme magicien avant d’être vendeur. Quand je regarde un produit, ma première réflexion n’est pas uniquement de savoir si je vais pouvoir le vendre. Je me demande d’abord si l’effet est bon, si le matériel tient la route et si, en tant que magicien, j’aurais envie de l’utiliser. C’est vraiment cette philosophie que j’essaie de conserver.
Parlez-nous de Devenir Magicien 2.0, votre guide pratique pour créer de la magie percutante en vidéo.
C’est un projet qui devait sortir plus tôt et que j’avais même annoncé. Finalement, j’ai préféré le repousser parce que je suis encore en train de le peaufiner. L’idée vient de mon expérience de la magie face caméra. Pendant environ trois ans, j’ai énormément travaillé en live sur les réseaux sociaux, avec probablement près de 10 000 heures passées devant une caméra. Et forcément, au bout de 10 000 heures, on commence à observer certaines choses ! Je voulais donc créer quelque chose d’un peu différent d’un livre classique. Devenir Magicien 2.0 sera un format hybride : de l’écrit pour pouvoir aller au fond des explications, mais également des vidéos pour montrer concrètement chaque principe. Je ne prétends absolument pas avoir découvert dix mille nouvelles techniques. Certaines choses seront même probablement des piqûres de rappel pour des magiciens expérimentés. Mais travailler devant une caméra change énormément de choses. Un spectateur détourne les yeux. Une caméra, jamais. Il faut donc réapprendre à utiliser le regard, la parole, le rythme, le cadrage et certains gestes pour rendre l’illusion possible dans cet environnement. La magie reste finalement la même, mais les règles du jeu ont changé.
Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
Il y en a beaucoup et forcément certains noms vont revenir. John Guastaferro est quelqu’un qui m’a vraiment bousculé dans ma manière de penser la magie, tout comme Wolfgang Moser. J’ai eu la chance de les voir en conférence et ce sont des moments qui m’ont marqué. Il y a également Michel Huot, que je cite régulièrement et avec qui j’ai aujourd’hui de très bons échanges. Je peux évidemment citer Bernard Bilis, que j’ai notamment eu l’occasion de rencontrer dans le cadre d’un week-end CIPI à Blois. Et mes influences ne s’arrêtent pas à la cartomagie. Je peux aussi citer Bruno Rosenblum pour son travail autour du mentalisme et notamment de la mémoire. Ce sont des personnalités et des styles très différents. Mais finalement, ce qui me marque chez un artiste, ce n’est pas seulement sa technique. C’est sa capacité à défendre son univers et surtout à faire passer un bon moment au public. On peut connaître les méthodes les plus sophistiquées du monde : si le spectateur ne ressent rien, il manque quelque chose. La méthode appartient au magicien, mais le moment, lui, appartient au public.


Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Le close-up, sans hésitation. C’est ce que je pratique quasiment quotidiennement et la cartomagie y occupe évidemment une place énorme : beaucoup de cartes, beaucoup de manipulations et toujours cette recherche du geste le plus propre possible. Peut-être qu’un jour on me verra d’ailleurs participer à un concours de close-up ! Mais aujourd’hui, je travaille également sur le mentalisme de scène. Ce qui m’intéresse, c’est d’essayer d’y apporter quelque chose de différent et de ne pas simplement reproduire ce qui existe déjà. Je travaille actuellement sur un projet qui doit devenir l’un des éléments clés de mon futur numéro de concours. Pour le moment, je ne peux absolument rien en dire parce que je souhaite justement le garder secret jusqu’à sa présentation. L’ambition est d’essayer de proposer une approche un peu différente du mentalisme et de développer de nouvelles possibilités. Si un jour on doit se souvenir d’une partie de mon travail, j’aimerais que ce soit aussi pour ça : avoir essayé, à mon échelle, d’apporter quelques nouvelles idées. Donc aujourd’hui, mon univers se situe vraiment entre la cartomagie en close-up, à quelques centimètres des yeux du spectateur, et le mentalisme sur scène.
Quelles sont vos influences artistiques ?
C’est assez difficile de répondre sans répéter les mêmes noms ! Mais une influence artistique, pour moi, ce n’est pas simplement une liste de magiciens que l’on admire. Chez certains, j’ai pris le goût de la technique et de la précision. Chez d’autres, la construction d’une routine, l’humour, la présentation ou cette capacité à transformer un effet techniquement simple en quelque chose de très fort pour le public. Tout cela finit par se mélanger. Aujourd’hui, je n’ai surtout pas envie de reproduire le style de quelqu’un. J’essaie plutôt de prendre tout ce que ces années de magie m’ont apporté et de le confronter à ma propre personnalité. Mes influences sont certainement encore visibles dans ma magie, mais j’espère qu’elles le sont maintenant suffisamment peu pour que l’on commence surtout à reconnaître mon propre style.

Quels conseils et quels chemins recommanderiez-vous à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Mon premier conseil serait de ne surtout pas confondre « apprendre des tours » et « apprendre la magie ». Aujourd’hui, il est très facile d’aller sur YouTube, de regarder un tutoriel, d’apprendre un tour automatique, puis un deuxième, un troisième et ainsi de suite. Je n’ai absolument rien contre les tours automatiques. Certains sont fantastiques et permettent déjà de comprendre énormément de choses. Le problème, c’est de rester uniquement là-dedans. Connaître cinquante tours ne signifie pas forcément savoir-faire de la magie.
À un moment, il faut travailler les fondamentaux : une technique pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, une misdirection, la manière de tenir correctement un jeu, les pièces, les balles, la magie générale, la construction d’une routine et surtout la présentation. On a la chance d’avoir un patrimoine magique extraordinaire avec des livres qui ont formé des générations de magiciens, les enseignements de Bernard Bilis, Dominique Duvivier et de beaucoup d’autres, mais aussi aujourd’hui d’excellents contenus numériques. On peut également rejoindre un club, une école de magie ou prendre des cours. J’en donne moi-même et je vois vraiment la différence lorsque quelqu’un commence à acquérir les bons fondamentaux.
Si on prend aujourd’hui deux débutants avec exactement le même niveau et qu’on les retrouve dans un an, je suis persuadé que celui qui aura travaillé des ouvrages de référence et suivi un enseignement structuré aura probablement appris moins de tours que celui qui aura enchaîné les tutoriels YouTube… Mais il aura appris beaucoup plus de magie. Donc mon conseil serait assez simple : apprenez moins de tours, mais apprenez-les mieux.
Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
Je trouve que la magie a énormément évolué ces vingt dernières années. Elle est de plus en plus technique, de plus en plus sophistiquée, avec des effets parfois absolument incroyables. Le numérique et les nouvelles technologies ont évidemment ouvert énormément de nouvelles possibilités. Mais ce n’est pas uniquement la technologie. Le niveau technique des magiciens a également énormément progressé. Je sors notamment du Championnat de France FFM 2026 où j’ai pu assister à beaucoup de numéros lors des concours. Sans donner d’avis particulier sur les prestations, ce qui est impressionnant, c’est de réaliser le travail nécessaire pour présenter parfois seulement cinq ou sept minutes sur scène. Derrière ces quelques minutes, il peut y avoir des mois, voire des années de travail. La technique, le rythme, les déplacements, la musique, les lumières, le matériel… Tout est travaillé. Et je reconnais volontiers que parfois je regarde certaines choses et je me dis : « Là, techniquement, il va vraiment falloir que je bosse ! » Je trouve ça plutôt sain parce que ça oblige à continuer à apprendre. En revanche, je pense qu’il faut faire attention à ce que cette course à la technique ne devienne pas une finalité. Le spectateur ne sait pas qu’on a passé trois ans à développer un effet de trente secondes. Et finalement, ce n’est pas son problème. La technique appartient au magicien. Ce que le spectateur doit retenir, c’est l’émotion et la sensation d’impossibilité qu’il a vécue.
Quelle est l’importance de la culture dans l’approche de la magie, notamment concernant les différences culturelles, sociologiques ou ethniques ?
Je pense justement que la magie a cette capacité assez extraordinaire à dépasser énormément de différences. Évidemment, la culture a son importance. Une référence humoristique ou une manière de raconter une histoire ne sera pas forcément comprise de la même façon en France, aux États-Unis ou en Asie. Il faut en avoir conscience et savoir adapter sa présentation. Mais l’effet magique possède quelque chose de beaucoup plus universel. Voir quelque chose disparaître, assister à une prédiction impossible ou voir se produire quelque chose que l’on ne parvient pas à expliquer provoque une réaction qui dépasse assez facilement la langue, l’origine ou le milieu social. Et c’est justement une chose que j’aime énormément dans cet art.

Le monde de la magie est aujourd’hui extrêmement international. On échange avec des magiciens du monde entier, on découvre des techniques et des approches provenant de cultures complètement différentes. Je trouve que cette diversité enrichit énormément l’art magique. Les différences ne doivent donc jamais devenir des barrières. Au contraire, elles peuvent devenir une richesse supplémentaire à condition de rester curieux, respectueux et capable de s’adapter aux personnes que l’on a devant soi. Parce que lorsqu’un très bon effet se produit, pendant quelques secondes, peu importe finalement d’où nous venons ou ce que nous faisons dans la vie : on regarde tous la même chose impossible et on retrouve tous un peu notre capacité à nous émerveiller.
Quels sont vos hobbies en dehors de la magie ?
La magie ! (rires) Je pourrais essayer d’inventer quelque chose pour donner une réponse plus originale, mais autant rester honnête : actuellement, il n’y a pas grand-chose qui réussisse réellement à me décrocher de la magie. Ça occupe quasiment 100 % de mon temps. Cela étant, j’ai énormément de centres d’intérêt qui gravitent autour. Je m’intéresse beaucoup à l’électronique, au développement informatique et aux nouvelles technologies. J’aime comprendre comment les choses fonctionnent, réfléchir à un problème et chercher une manière différente de le résoudre. Et évidemment, à un moment donné, ça finit généralement par devenir une idée de tour de magie !
J’ai également un côté beaucoup plus réflexif. J’aime énormément la philosophie et me poser des questions sur le temps, les choix, le hasard, les comportements humains… Ce sont d’ailleurs des thèmes que l’on retrouve maintenant dans certaines de mes créations et dans mon projet de spectacle Et si tu avais su… Je suis surtout un créateur assez acharné. J’ai probablement dix mille idées à la seconde. Certaines n’aboutiront jamais. Certaines vont m’occuper pendant trois mois avant que je comprenne qu’elles sont complètement impossibles. Et puis parfois, une idée arrive et, quelques minutes après, je sais exactement ce que je veux en faire. Donc si on me demande ce que je fais quand je ne fais pas de magie, la réponse la plus honnête est probablement : je réfléchis à la prochaine chose que je vais faire en magie.
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Interview réalisée en octobre 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Merlin magie Productions / Marc Céliandre. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.