Comment êtes-vous entré dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
J’ai franchi la grande porte de la magie assez tardivement, vers l’âge de vingt ans. À cette époque, lors d’un repas de famille, j’ai rencontré un ami du grand père de ma femme qui faisait des tours de magie à table. Rien de bien extraordinaire, on connaît tous un tonton qui fait deux ou trois tours de magie ; mais là j’ai senti chez lui une vraie passion, ce qui m’a intrigué. Nous avons discuté toute l’après-midi et le soir même, j’ai cherché à en savoir un peu plus sur le sujet en tentant de trouver des tours de magie à apprendre sur Internet. Je suis tombé par hasard sur le tutoriel du Houdini change (carte qui se change en frottant avec la main) en vidéo que je me suis empressé à travailler. Après quelques heures d’entraînement, je l’ai fait devant ma femme Nathalie qui en est restée bouche bée. C’est à ce moment précis que la magie ne m’a plus lâché et est devenue une véritable passion. Ce qui est drôle, c’est que si elle n’avait pas réagi positivement ou m’avait dit qu’elle ne trouvait pas cela extraordinaire, je n’aurais probablement pas été plus loin et ne serais sans doute pas magicien aujourd’hui. Quelle chance !

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?
Au début, je faisais de la magie surtout pour moi-même devant mon miroir. Il y avait tant de choses à découvrir que je m’extasiais des nouveaux secrets que j’apprenais. J’ai commencé la magie des cartes comme à peu près tout le monde je crois, grâce aux incontournables volumes de La magie par les cartes de Bernard Bilis. Une véritable encyclopédie en la matière. Je me suis pris claques sur claques mais j’en redemandais toujours plus ! Je pense que l’artiste qui a sans aucun doute changé ma vie de magicien est David Stone avec ses deux DVD The real secrets of Magic. Ce fut la révélation. Tout me plaisait, le style de David, ses mouvements, ce qu’il dégageait, mais c’est précisément une routine en particulier que j’ai trouvé absolument magnifique et qui m’a éblouie plus que les autres, la One coin routine. Je voyais de la vraie magie dans les mouvements de David, une forme de danse artistique et poétique, une véritable œuvre d’art. J’ai eu l’impression de découvrir à ce moment-là le Graal ! Je me suis dit que c’était « ça » que je voulais faire et peu importe la difficulté et le temps que ça me prendrait. Je ne comptais pas les heures d’entraînement et je peux vous dire qu’il y en avait des dizaines, voire des centaines mais l’objectif était tellement fort, que la difficulté des manipulations n’était pas un obstacle. Je continue d’ailleurs à ce jour à pratiquer la magie des pièces plus que jamais en essayant de me spécialiser toujours plus. Les pièces sont désormais présentes dans toutes mes prestations de close-up. Quoi de mieux que de commencer une table avec une magie que très peu de gens ont déjà vu.
Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. À l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?
J’ai eu la chance d’entrer en équipe de France de magie close-up en décembre 2018. Un appel à candidature avait été lancé sur les réseaux sociaux auquel j’avais répondu en leur envoyant une vidéo d’un numéro que j’avais créé pour l’occasion. Après un retour positif, Je suis monté sur Paris afin de présenter ce même numéro devant les coachs composés de Bernard Bilis, Jean-Jacques Sanvert, Ludovic Julliot, Pascal Bouché et le président Laurent Guez. Le stress était au rendez-vous. Au final, seulement deux candidats ont été retenus dans l’équipe sur les dix au total, Markobi et moi-même. Depuis ce jour, je travaille avec eux mon numéro de concours afin de le présenter au niveau national et international. Grâce à ce travail, j’ai pu remporter le titre de champion de France de magie FFAP 2022 à Poitiers, un 3ème prix aux championnats d’Europe FISM 2024 à Saint-Vincent en Italie et j’ai été vice-champion de France FFM 2025 à Troyes. Tout cela n’aurait sans doute pas été possible sans l’aide et le soutien d’une personne qui m’est chère, ma femme Nathalie De Cecco. En effet, c’est elle qui m’a initialement inscrit à mon tout premier concours et qui a déclenché chez moi l’envie de continuer dans cette voix. Elle m’a également beaucoup aidé dans l’écriture de mes numéros. Nous nous complétons parfaitement. Très souvent, elle imagine des effets magiques qui peuvent servir la narration du numéro et quelques instants plus tard, je les lui présente en combinant plusieurs techniques et subtilités. Par son métier de photographe, elle est une part essentielle de mon activité en créant tous mes visuels photos et vidéos, mon site web et ma communication sur les réseaux sociaux. Sans elle, je ne serai sans doute pas magicien professionnel aujourd’hui…

Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros
Sans fausse modestie, je pense ne pas être le mieux placé pour parler de mes domaines de compétence car je suis très mauvais juge pour parler de moi. Néanmoins, quand je suis passionné par quelque chose, je le fais à fond sans rien lâcher. Je pense de ce fait que mes principales qualités sont la persévérance et la patience qui associées, permettent d’accomplir presque tout ce que l’on veut. Bien sûr, tout cela ne serait rien si ce n’était pas animé par une passion dévorante depuis maintenant près de vingt ans…


Le cœur de mon métier reste le close-up. Je travaille donc dans toutes les conditions possibles et imaginables et même parfois inimaginables. En effet, il m’est arrivé de travailler dans des environnements vraiment incongrus, comme par exemple faire du close-up en costume pour des nageurs sur le bord d’une piscine municipale (véridique !). Le gérant avait décidé d’organiser une nocturne sur le thème du cirque. Un conseil, ne faites pas choisir de cartes dans cet environnement au vous risqueriez de le regretter… Je propose également à mes clients un spectacle en One man show, que je place en général à la suite de ma déambulation, dans lequel j’effectue des numéros très participatifs de mentalisme avec des effets visuels et extrasensoriels en gardant toujours une pointe d’humour. Tout mon matériel tient dans un sac de course pour un format de vingt minutes à plus d’une heure. L’encombrement est pour moi un facteur important car je veux conserver un côté nomade avec des effets utilisant le minimum de matériels pour un maximum d’impact !



J’ai véritablement commencé à créer quand j’ai débuté dans le monde des concours. Au départ on se dit que cette discipline qui consiste à devoir faire de la magie pour surprendre des magiciens est complètement dénuée de sens et un peu paradoxale mais je me suis vite rendu compte qu’au fil de mes trouvailles, cela était en fait très bénéfique pour la créativité. Avec cet exercice et cette gymnastique qui s’assouplit d’année en année, il m’est de plus en plus facile de trouver des solutions techniques à la réalisation de nouveaux effets magiques. Je ne m’étais jamais imaginé à mes débuts pouvoir créer ces nouveaux effets et subtilités qui ont bluffés la communauté magique. J’ai réussi au travers des concours à tracer ma voix et à me démarquer un peu dans la magie des pièces. Cela m’a également permis de créer avec Philippe Molina le DVD et VOD de l’ABC de la magie des pièces (disponible sur mon site web) accompagné de son kit de pièces pour l’apprentissage de cette discipline à destination des magiciens de niveau débutant à confirmer. Quelle fierté !
Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
À mes tout débuts, je me rappelle avoir été subjugué par ce que faisait Criss Angel et par l’aura qu’il dégageait. Il arrivait vraiment à instaurer une ambiance et un contexte propices à ses miracles. Je me suis vite rendu compte que sa magie, bien qu’extraordinaire, ne pouvait se faire en conditions réelles et encore moins de manière impromptue. David Blaine fait également parti de mes magiciens emblématiques. En effet, ses passages télé dans les années 1990 m’ont vraiment marqué avec comme simples supports, des cartes et quelques objets du quotidien. Ce que je trouvais génial, c’est que quasiment tous les tours qu’il présentait, pouvaient être effectués dans la vraie vie et face à un vrai public. C’est un peu à ce moment que je me suis aperçu qu’il ne fallait pas forcément compter sur des effets spéciaux pour rendre dingue un public mais que de véritables miracles pouvaient se cacher également dans la simplicité… Maints magiciens m’ont depuis marqué et influencé au cours de ma carrière mais je n’oublierai bien sûr pas de citer David Stone qui comme je l’ai déjà dit, a véritablement changé ma vie de magicien en me faisant croiser la route de la magie des pièces, avec tout le style qu’on lui doit… David, merci !
Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Ce que j’aime, c’est l’idée que l’on puisse faire des effets magiques partout, n’importe quand avec n’importe quel objet ; Anywhere and anytime comme disent les Américains. Mon style va donc tout simplement servir cette idée avec des effets utilisant des objets du quotidien comme des téléphones, des pièces, des billets mais aussi du pickpocket et du mentalisme… Je n’aime pas vraiment m’assoir à une table derrière un tapis de cartes pour présenter la énième routine d’As leader qui a une connotation bien trop « magicien » à mon goût. Je travaille toujours debout et j’aime donner l’impression que ma magie soit en corrélation avec le sujet de conversation de mes interlocuteurs de manière pseudo-impromptue. Bien sûr, je suis prêt à « dégainer » à tout moment bien en amont. Dans l’ensemble, la magie visuelle est je pense ma magie favorite.


Quelles sont vos influences artistiques ?
J’ai eu beaucoup d’influences artistiques différentes aux cours de ma carrière. Elles ont d’ailleurs changé d’année en année au fil de mon évolution. Mon répertoire d’hier n’est plus celui d’aujourd’hui et ne sera sans doute pas celui de demain. C’est marrant de voir que rien n’est figé dans le marbre comme on pourrait le croire sur l’instant. J’ai beaucoup été influencé par les magiciens cités plus haut et par bien d’autres, mais j’ai la sensation que plus le temps passe, et plus j’ai tendance à m’éloigner de toutes les nouveautés pour me centrer d’avantage sur moi-même et sur ce qui importe vraiment. Cette introspection m’a permis d’entrer dans un processus créatif qui m’a ouvert sur d’autres voies, et notamment de découvrir petit à petit mon propre style. Bien sûr, cela n’aurait pas pu être possible si je n’étais pas passé au préalable par une longue période de mimétisme et de répétitions…
Quels conseils et quels chemins recommander à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Si je devais donner un conseil et un seul, ce serait avant tout d’être passionné par ce que l’on fait et d’entretenir cette passion dans le temps. Je suis moi-même passé par des niveaux de passion variables qui se calquaient en partie sur les épreuves de la vie. Il est très facile de lâcher à la moindre difficulté quitte à tout laisser tomber. C’est pour cela qu’il est important de nourrir cette passion en se donnant par exemple des objectifs personnels. Pour ma part, les concours et leur deadline m’ont permis de rester focus et m’ont fait grandir comme jamais dans le métier. Le chemin à emprunter est propre à chacun et en fonction des ambitions que vous vous fixez. Tout le monde n’aspire pas à devenir magicien professionnel et veut pour la plupart que la pratique de la magie reste un moment d’évasion agréable sans stress, ni contrainte. Quelque soit le chemin, amusez-vous, tout simplement…

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
Je trouve que la magie actuelle est plus que jamais en ébullition. En effet, la nouvelle génération de magiciens remet en lumière la magie à travers le monde et lui redonne ses lettres de noblesse en la « dépoussiérant » avec des innovations surprenantes. Toute cette créativité soudaine n’aurait surement pas pu voir le jour sans l’expansion d’Internet et des réseaux sociaux qui ont placé la magie sous stéroïdes. Néanmoins, il y a un revers de la médaille à tout cela. Je déplore toutes les vidéos de révélations magiques que l’on peut trouver sur les plateformes de partage, le Magic porn comme on l’appelle. Je pense que nous pouvons aujourd’hui trouver la quasi-totalité de notre patrimoine magique débiné impunément par des personnes n’aspirant qu’à une course aux « clics » et n’ayant pour la plupart même pas conscience du mal que cela génère pour notre profession. Malheureusement, nous n’avons pas le choix que d’accepter cette situation regrettable qui s’amplifiera avec le développement des IA. Bien sûr, la transmission est très importante afin de perpétuer la magie à travers les générations, mais celle-ci doit être méritée et ne doit pas être proposée à l’intégralité du monde qui la consomme par voyeurisme ce qui au passage, génère beaucoup de torts aux créateurs. Par chance, nous sommes encore un peu protégés, car la masse d’informations disponible est telle, que trouver précisément ce que l’on cherche devient vite un incroyable parcours du combattant. Trop d’informations tue finalement l’information… Bien que le monde du numérique évolue de manière exponentielle, je ne pense pas qu’un jour la magie mourra, car même en connaissant « LE truc », le cerveau se fera à jamais berner par un faux dépôt motivé ou une belle misdirection…
Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?
Je ne suis pas un grand spécialiste dans la connaissance des différentes cultures et je n’ai pas eu énormément l’opportunité de traverser le globe. Mais les différences ethniques, religieuses, sociologiques, éducatives, etc., nous donnent indéniablement une richesse précieuse dans la voix d’apprentissage que nous empruntons. Je ne pourrai malheureusement pas étayer d’avantage ma réponse à cette question. Par contre, d’un point de vue spectateur, les réactions peuvent être très différentes en fonction des pays. Le public français que je connais bien, est considéré comme l’un des publics les plus durs qui soit, car il ne s’extasie pas facilement. Au contraire, les Américains se laissent très volontiers emporter par la magie et lâchent prise pour profiter pleinement du divertissement. Ayant la chance d’avoir de la famille outre-Atlantique, j’ai pris beaucoup de plaisir à faire de la magie en close-up et en spectacle pour ce public qui se transforme en de grands enfants dès les premières secondes. J’ai également eu des échos que le public russe est très inexpressif et froid en apparence, mais qui néanmoins apprécie beaucoup de se faire bluffer. Comme quoi, le niveau de réactions que l’on produit lors de nos représentations n’est pas véritablement un critère de qualité de notre travail. Pourtant, c’est bien en grande partie les réactions que le public nous offre que nous recherchons en priorité. Bien que cela nous flatte et nous galvanise, je pense qu’il faut apprendre à se détacher de l’apparence de nos spectateurs, car les émotions qu’ils ressentent pendant nos petits miracles sont très souvent bien plus fortes que leurs réactions extérieures…

Vos hobbies en dehors de la magie ?
Mon premier hobby, avant même la magie, est la guitare électrique que je pratique maintenant depuis environ l’âge de douze ans. J’aime beaucoup jouer du rock instrumental dans le style Joe Satriani ou encore de la fusion jazz/rock. Quand j’ai croisé la route de la magie à l’âge de vingt ans, la passion s’est directement orientée vers elle et m’a absorbé tout entier (comme beaucoup d’entre nous je pense…). Je tente d’ailleurs de retrouver un peu de temps par-ci, par-là pour gratouiller un peu sur mon instrument. Bien que la magie soit aujourd’hui mon métier, la passion est toujours restée la même que depuis mes débuts. Quelle chance immense de pouvoir combiner les deux ! À côté de cela j’aime faire du sport avec de la course à pied et un peu de vélo mais mon occupation principale reste quand même ma famille avec ma femme et mes deux garçons de huit et dix ans. Plus le temps passe et plus je me rends compte que la chose la plus importante, est de passer du temps avec ses proches…
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Interview réalisée en mars 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Nathalie De Cecco. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.