Comment êtes-vous entrée dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
Mon entrée dans la magie s’est faite de manière inattendue. Je travaillais alors comme croupière dans l’univers des tournois de poker, loin de la scène. Un jour, on m’a appelée pour monter sur scène, presque pour dépanner. En observant, en aidant, puis en comprenant les mécanismes, j’ai eu un déclic. Plus que l’effet magique, c’est la force du moment partagé qui m’a touchée : la scène comme espace d’émotion, de lien et de présence.
Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?
J’ai franchi le premier vrai pas lorsque j’ai décidé de m’y engager pleinement, sans plan B, alors que j’élevais seule ma fille. C’était un choix de vie, exigeant, mais profondément aligné. J’ai appris de manière largement autodidacte : par le terrain, l’observation, les répétitions, les erreurs et l’expérience. Les scènes de campings et de spectacles tout public ont été une école formidable pour apprendre le rythme, la justesse et la relation au public.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé ? À l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?
Ce qui m’a aidée, ce sont d’abord les opportunités de scène, puis les rencontres : artistes, techniciens, comédiens, des personnes exigeantes qui m’ont permis d’affiner mon regard et d’élever mon niveau de création. Avec le temps, je me suis entourée de compétences scéniques pointues, ce qui a renforcé une signature plus narrative, plus vivante et plus humaine.

À l’inverse, la vie m’a parfois freinée de manière très forte. J’ai traversé des épreuves personnelles importantes (un accident d’avion, la disparition de mon père, puis plus tard la maladie de ma mère), qui m’ont obligée à mettre ma carrière sur pause à certains moments. Dans mes débuts, je me suis aussi investie très jeune, avec beaucoup d’énergie, de travail et de confiance. Cette confiance m’a coûté cher, et j’ai connu une période où il a fallu repartir de presque zéro. Mais je me suis relevée, et j’ai eu la chance d’être entourée d’une équipe fidèle qui m’a suivie pour reconstruire et donner naissance à un nouveau chapitre avec 2120, ses effets spéciaux et tout son univers. Avec le recul, ces passages ont aussi clarifié mon intention artistique : revenir plus alignée, plus solide, et transmettre quelque chose de plus profond
Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros.
Mon domaine principal est celui des grandes illusions, avec une approche centrée sur la mise en scène, la direction artistique et la narration visuelle. J’aime concevoir un univers dans sa globalité : écriture, structure, musique, lumière, décors, costumes, effets, mécanismes et cohérence émotionnelle. Je travaille dans des conditions exigeantes de précision, de sécurité et de coordination d’équipe. J’ai développé une forte autonomie de création et de tournée. J’ai créé trois spectacles, dont 2120, un voyage futuriste et intemporel à travers plusieurs époques, où la technologie accompagne l’émotion sans jamais la remplacer. J’ai également créé des numéros plus personnels, notamment autour du « Papillon », en lien avec mon père.


Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
Plusieurs artistes m’ont marquée pour des raisons différentes : David Copperfield pour la poésie et l’écriture, Hans Klok pour l’énergie et la vitesse d’exécution, Dani Lary pour sa capacité à créer des mondes. Certaines rencontres, comme Artem Shchukin, m’ont aussi nourrie humainement et artistiquement. Ce qui me touche le plus reste toujours la même chose : quand la technique disparaît derrière une intention, une émotion et un univers.
Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Je suis naturellement attirée par la magie visuelle, scénique et narrative, en particulier les grandes illusions. J’aime les formes immersives, où l’on raconte quelque chose avec une esthétique, un rythme et une progression émotionnelle. J’aime aussi une magie accessible à tous, qui peut passer par le non-verbal, l’image, la musique et le mouvement.
Quelles sont vos influences artistiques ?
Mes influences sont à la fois magiques, théâtrales et humaines. Sur le plan magique, je me reconnais dans la poésie de Copperfield, l’intensité de Hans Klok et la richesse de création de Dani Lary. Mais mes influences viennent aussi de la vie : la famille, la transmission, les épreuves, le temps qui passe. Elles nourrissent ma manière de créer des univers où la technique reste au service de l’émotion.
Quels conseils et quels chemins recommander à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Je dirais d’abord : croire en ses rêves et ne pas lâcher dans les moments durs. La magie demande du temps, du travail, de la patience et de la résilience. Je conseille de travailler les bases sérieusement, de monter sur scène le plus possible, de ne pas se limiter aux « trucs », mais de développer aussi la présence, le rythme et le regard sur le public. Et surtout : bien s’entourer et construire une voie qui vous ressemble.


Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
Je porte un regard globalement positif sur la magie actuelle : elle est riche, diverse et en évolution constante. Les outils et les formats ont beaucoup changé, ce qui ouvre de grandes possibilités créatives. Mais cette évolution demande aussi de rester vigilant : l’effet immédiat ou la surenchère technique ne doivent pas faire oublier l’essentiel. Pour moi, la magie reste un art de présence, de relation et de sens.
Quelle est l’importance de la culture dans l’approche de la magie ?
La culture est essentielle. La magie peut être un langage universel, mais elle n’est jamais reçue de façon totalement neutre : les références, les symboles, l’humour et la relation au mystère varient selon les contextes culturels et sociaux. Une culture large permet de mieux comprendre son public, d’éviter les clichés et d’enrichir son imaginaire. La magie doit dialoguer avec son époque et avec la diversité du monde, sans perdre sa part d’intemporel.
Vos hobbies en dehors de la magie ?
En dehors de la magie, je me ressource dans des choses simples et essentielles : le temps en famille, la nature, l’eau et les animaux. Ce sont des espaces de respiration, de recentrage et, indirectement, de créativité.
Interview réalisée en mars 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Phat Tran -www.photos-toulouse.com. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.