Comment êtes-vous entré dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
Je suis né à Argenteuil, mais mes parents sont partis vivre en Tunisie lorsque j’étais tout petit. À l’âge de deux ans, j’ai été victime d’une grave brûlure au niveau du crâne, qui a nécessité de nombreux soins et plusieurs opérations. Vers huit ans, mes parents ont décidé de revenir en France pour que je puisse être suivi dans un hôpital spécialisé à Paris. C’est dans mon lit d’hôpital que j’ai découvert la magie, grâce à un coffret qu’on m’avait offert. Au départ, c’était une façon de m’occuper entre les soins, mais c’est très vite devenu une passion et surtout un refuge. Enfant, j’ai aussi beaucoup souffert du regard des autres et du harcèlement à cause de l’apparence de mes cicatrices. La magie m’a énormément aidé à surmonter cette période. Elle me permettait d’aller vers les autres différemment : quand je faisais un tour, l’attention n’était plus portée sur mon crâne mais sur ce que j’étais capable de faire. Ça m’a aidé à reprendre confiance en moi et à trouver ma place. Quelques années plus tard, j’ai commencé à faire de la magie dans la rue, notamment sur le parvis du Centre Pompidou à Paris. Je jouais au chapeau et ce que je gagnais me permettait aussi d’aider ma mère à payer les factures. Mon premier déclic, c’est donc vraiment ce coffret découvert à l’hôpital. À huit ans, je ne pouvais évidemment pas imaginer que la magie prendrait un jour une telle place dans ma vie.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé ? À l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?
À dix-huit ans, j’ai eu une opportunité qui a complètement changé la suite de mon parcours. J’ai été repéré pour intégrer le Jamel Comedy Club. Jamel Debbouze était au fond de la salle, il m’a vu sur scène et, deux semaines plus tard, je passais à la télévision. Ça a été un véritable tournant dans ma carrière. L’année suivante, à dix-neuf ans, j’ai participé pour la première fois à La France a un incroyable talent, où je suis allé jusqu’en finale. En parallèle, j’ai commencé à publier mes propres vidéos de magie sur les réseaux sociaux. Elles sont très vite devenues virales et c’est finalement cette combinaison entre la télévision, la scène et les réseaux qui m’a permis de me faire connaître auprès du grand public. Tout n’a pas toujours été simple pour autant. J’étais très jeune lorsque j’ai commencé à avoir de la visibilité et j’ai croisé sur mon chemin certains producteurs malveillants qui m’ont mis des étoiles plein les yeux et ont profité de ma notoriété et de mon inexpérience. Ce sont des événements qui auraient pu me freiner, mais j’ai toujours réussi à rebondir et à continuer d’avancer.



Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros
Je suis un vrai couteau suisse. J’aime mélanger la magie et l’humour en m’inspirant de situations de mon quotidien. Et depuis quelque temps, j’y ajoute aussi le rap, une autre de mes passions, en créant mes propres freestyles mêlant rap et magie. Je travaille principalement dans mon atelier à Aubervilliers, la ville où j’ai grandi et où j’ai toujours vécu depuis mon retour en France. C’est là que je crée, que je répète, que je teste et que je fabrique une grande partie de mon matériel. J’ai toujours aimé comprendre comment les choses fonctionnent, bricoler, inventer et surtout trouver des solutions. À force, j’ai développé beaucoup de compétences dans la fabrication et la conception de mes propres effets. Aujourd’hui encore, je peux passer des heures dans mon atelier à chercher comment donner vie à une idée. C’est aussi comme ça que je construis mes spectacles et mes numéros : je pars souvent d’une idée, d’une situation ou d’un univers qui me ressemble, puis je cherche comment la magie peut venir raconter quelque chose à l’intérieur.

Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Naturellement, je suis très attiré par la magie comique et par tout ce qui mélange magie et stand-up. J’aime quand la magie ne se limite pas à l’effet, mais qu’elle sert aussi un univers, un personnage ou une histoire. Je suis également très impressionné par la grande illusion lorsqu’elle est traitée de manière moderne et qu’elle sort des codes un peu classiques. De manière générale, j’aime les magiciens qui apportent quelque chose de nouveau, qui créent leur propre univers et qui cherchent à « renouveler » la magie.
Quels conseils et quels chemins recommander à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Le plus important pour moi, c’est d’avoir confiance en soi, en son travail et surtout dans le message qu’on veut transmettre au public. La technique est importante, évidemment, mais elle ne suffit pas. Il faut aussi travailler sa posture, sa présence et savoir quel personnage on veut incarner sur scène. Je conseille d’ailleurs de ne pas hésiter à prendre des cours de théâtre si on en ressent le besoin. Être magicien, ce n’est pas seulement savoir réaliser un effet : il faut savoir le présenter, raconter quelque chose et embarquer le public avec soi. Et puis il faut travailler, tester, se tromper et recommencer. C’est avec le temps qu’on trouve vraiment son identité et la manière dont on a envie de faire vivre sa magie.


Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
Je trouve que la magie actuelle est en pleine évolution et c’est très intéressant à observer. Beaucoup d’univers différents émergent, que ce soit autour de la « magie nouvelle », de la magie humoristique ou encore du close-up. On voit de plus en plus d’artistes chercher à renouveler les codes et à proposer une magie plus actuelle. C’est aussi la direction que j’ai choisi de prendre avec mon propre univers. J’ai grandi avec la culture urbaine, la street et le rap, donc j’ai eu envie d’intégrer naturellement ces codes à ma magie. Je cherche à créer quelque chose qui me ressemble vraiment, avec ma façon de parler, mes références et ma culture. Je pense que c’est justement ce qui est intéressant aujourd’hui : chacun peut apporter son identité et participer, à sa manière, à faire évoluer l’image de la magie.
Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?
Pour moi, la magie a toujours été un formidable outil d’ouverture. Elle m’a permis très jeune d’aller vers les autres, de créer du lien et d’entrer dans des milieux auxquels, de par mon parcours et l’endroit où j’ai grandi, je n’aurais peut-être jamais eu accès autrement. La magie a été une véritable porte de sortie de la cité et une ouverture sur le monde. Elle m’a permis de rencontrer des personnes de cultures, de milieux sociaux et d’univers complètement différents. C’est aussi ce que j’aime dans cet art : devant un effet magique, les barrières sociales ou culturelles peuvent disparaître pendant quelques instants. On partage simplement le même étonnement, la même émotion. Mais cette ouverture ne m’a jamais fait oublier d’où je viens. Je suis très attaché à mes origines, à ma culture et à mon parcours. Tout cela fait partie de mon identité et forcément de l’artiste que je suis aujourd’hui. Je pense qu’on peut s’ouvrir à tous les univers sans jamais renier le sien.

Vos hobbies en dehors de la magie ?
En dehors de la magie, j’adore cuisiner, notamment des plats tunisiens qui me permettent aussi de rester connecté à mes origines et à ma culture. Et puis il y a évidemment le rap, qui a toujours occupé une place importante dans ma vie. J’en écoute énormément et cette passion a fini par rejoindre mon travail puisque je l’intègre aujourd’hui directement dans certains de mes numéros et de mes freestyles. Finalement, même quand je sors de la magie, je ne m’en éloigne jamais vraiment ! Et l’aventure continue puisque cette année, je fais mon retour dans La France a un incroyable talent. Un retour qui commence de la plus belle des manières avec un « Golden Buzzer » décerné par Hélène Ségara ! Une nouvelle page s’ouvre et je peux déjà vous dire que je vous prépare un beau programme pour la suite… J’espère que vous serez nombreux à suivre cette aventure avec moi tout au long de la saison !
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Interview réalisée en octobre 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Kader Bueno / Julien Theuil. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.