
- Auteur : Thibaut Rioult
- Éditeur : Brepols Publishers
- Date de parution : Juin 2026
- Nombre de pages : 302
- Format : 17,8 cm × 25,4 cm
- Autres caractéristiques : Couverture rigide cartonnée, reliure cousue
Présentation de l’éditeur
Et si les tours de magie avaient transformé notre vision du monde ? Cet ouvrage propose la première étude panoramique de l’illusionnisme en Europe du XVe au XVIIe siècle. Les techniques de prestidigitation n’y apparaissent pas seulement comme un moyen de divertissement, mais comme de véritables objets de savoir qui passionnent leurs contemporains et jouent un rôle clef dans la démagification du monde. Grâce à une approche transdisciplinaire, à un vaste corpus de textes et à une iconographie sans précédent, l’ouvrage montre comment l’illusiographie renouvelle notre compréhension de l’émergence de la Modernité et de ses enjeux. L’illusionnisme se révèle être un point d’articulation entre des champs a priori distincts, comme les sciences, les techniques, la philosophie, la religion, la magie, l’hermétisme, la démonologie, la littérature, l’art, les spectacles et les jeux. Pratiquée aussi bien dans les foires que dans les cours impériales, la prestidigitation dévoile le fond merveilleux commun à la culture populaire et à la culture savante. De Léonard de Vinci à Francis Bacon, en passant par Bosch, Rabelais et Della Porta, le lecteur y rencontrera une galerie de personnages marquants : bateleurs, charlatans, savants, philosophes naturels, ingénieurs, artistes, artisans, courtisans et espions, qui mettent leur savoir technique au service d’un choc esthétique ou d’une expérience magique. L’ouvrage retrace l’évolution de cet art et met en lumière les moments décisifs de sa constitution sociale, technique et théorique. Clair, vivant et accessible à tous, il intéressera aussi bien les chercheurs que les artistes et les curieux désireux de découvrir ce vaste monde de secrets.
Préface de Pierre Caye, directeur de recherche au CNRS et directeur du Centre Pépin (UMR 8230 ENS-CNRS-PSL)
La Renaissance est abyssale, période sans fond, propice à la découverte d’innombrables textes, mais difficilement repérables et interprétables selon nos catégories, qui entremêle les savoirs et les expériences de pensée les plus diverses en une permanente coïncidence des opposés, et qui ouvre, à chaque génération, des perspectives inédites et parfois surprenantes renouvelant notre compréhension, non seulement historique (quels traits spécifiques caractérisent la Renaissance ?) mais plus profondément encore épistémologique (à quel rapport au savoir l’étude de la Renaissance nous conduit-elle ?). À ce titre, le livre de Thibaut Rioult, Illusionnisme et magie à la Renaissance : Savoirs techniques et représentations sociales de l’art du merveilleux, qui nous conduit sur des chemins totalement ignorés jusqu’à maintenant par l’historiographie, est un livre générationnel, qui marque une étape importante de l’historiographie, mais qui dit aussi quelque chose du rapport de notre temps au savoir, comme le furent en leur temps Érasme et l’Espagne (1937) de Marcel Bataillon, Autour de l’Heptaméron. Amour sacré, amour profane (1944) de Lucien Febvre, Art et humanisme à Florence au temps de Laurent le Magnifique (1959) d’André Chastel, L’Éducation de l’homme moderne (1957) d’Eugenio Garin, et plus près de nous l’Astrée (1975) de Frances Yates ou Le fromage et les vers (1980) de Carlo Ginzburg. Quel sujet déroutant, il est vrai ! La prestidigitation ou plus exactement, pour mettre un peu de distance avec ce qu’on entend aujourd’hui sous ce terme, la « prestigiation », l’art des prestiges. Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas de magie au sens ancien du terme, ni moins encore de démonologie, même si la « prestigiation » les avoisine souvent non sans danger, mais simplement de cet art de l’illusion qui se joue des sens pour mieux les émerveiller. Se laisse découvrir, grâce à Thibaut Rioult, derrière le plaisir que nous ont donné les spectacles et les tours d’un Houdini, d’un Méliès, d’un Gérard Majax, d’un Jacques Delord, d’un David Copperfield, ou la lecture des aventures de Mandrake le magicien, une profondeur historique et surtout des enjeux intellectuels et théoriques considérables qui inspirent à la Renaissance des artistes aussi importants que Vinci, Cellini, Bosch ou Bruegel l’Ancien, des écrivains et des poètes comme Ficino, Castiglione, Rabelais (Panurge), Agrippa d’Aubigné, ou Shakespeare, des savants comme Pacioli, Pomponazzi, Cardano, Paracelse, Della Porta mais encore le chancelier Francis Bacon, ou le jésuite Athanasius Kircher sans oublier l’empereur Rodolphe II qui fit de Prague, sa capitale, « une ville cosmopolite, imprégnée de magie et de charlatanerie, véritable chambre des merveilles à ciel ouvert ». C’est dire l’importance, pour la culture artistique, littéraire, politique, de cette dimension ignorée du savoir et des pratiques dont Thibaut Rioult exhume l’immense corpus oublié et nous fait découvrir les auteurs et les acteurs qui, illustres en leur temps, sont aujourd’hui de parfaits inconnus (Fontana, Wier, Le Loyer, Lavater, Delrío, Dalmau, Colorni, Scotto, Prevost, Scot, Galasso, Ghisi, etc.). Cette mise au jour nous conduit nécessairement à relire la Renaissance, ses arts, ses pratiques, ses sciences et, d’une façon générale, son rapport au savoir et au pouvoir d’une tout autre façon. C’est en quoi Illusionnisme et magie à la Renaissance est désormais incontournable.
L’illusionnisme est d’abord science et technique des apparences. Il s’exerce non seulement par des tours de cartes ou de gobelets, mais aussi par l’art de l’évasion, celui des apparitions, ou encore par la conception de machines merveilleuses, et par tous les moyens techniques et psychologiques, capables de susciter l’émerveillement à la limite de l’impossible. Mais ce paraître n’a rien de phénoménologique, sans rapport à la question de la vérité à laquelle l’être humain est susceptible d’accéder. Au contraire il s’agit de tromper pour mieux confondre. Les apparences avec lesquelles joue l’illusionnisme renvoient bien plutôt aux dernières hypothèses du Parménide, celles qui font du monde un songe, un théâtre de mystification, un flot d’images fallacieuses. « L’illusionnisme », comme le dit l’auteur, est « un art insaisissable qui a l’irréalité pour royaume ». Il est la face d’ombre de la Renaissance, l’autre face par rapport à la quête d’ordre et d’harmonie qui caractérise sa part apollinienne. Thibaut Rioult assimile les prestidigitateurs aux enfants de la Lune. Cette science repose à la fois sur l’œil et sur la main. Elle requiert une maîtrise des règles de l’optique au service de la fabrique de l’image, qui dépasse largement, comme le note Thibaut Rioult, les principes de la perspectiva artificialis des peintres pour prendre en compte toutes les dimensions physique, philosophique, psychologique et physiologique de la vue. En tant que tel, l’illusionnisme est paradoxalement au service d’une rationalisation et d’une démystification des phénomènes et de leur construction. Ce qui sert à tromper les sens constitue aussi un outil d’investigation de la perception qui permet de mieux comprendre comment les sens sont induits en erreur. À ce titre, l’illusionnisme est autant la critique de l’image que sa fabrique. Il contribue, au cœur même du monde magique et démonique, à l’émergence du scepticisme qui se répand à la fin de la Renaissance.
L’illusionnisme est fait aussi de trucs et de tours, où la manipulation joue le plus grand rôle. Si l’illusionnisme est une science de la vision, il est de surcroît une technique de la main. Les Anglais, au demeurant, appellent la « prestigiation » le « legier-de-main », qui requiert la finesse et la discrétion du geste. Le geste doit se rendre invisible, toute idée d’effort disparaître, toutes traces s’effacer. C’est ainsi que le « prestigiateur » semble aussi un magicien. Il y va, dans le geste du prestidigitateur et de sa légèreté, de la sprezzatura ou de la negligentia diligens qui renvoie au Courtisan de Castiglione et à la civilisation des mœurs, si caractéristique de la Renaissance. J’ajouterai que si la dimension optique de l’illusionnisme annonce l’art baroque, le geste du prestigiateur renvoie à la promptezza qui caractérise le talent d’exécution du peintre maniériste.
La magie du prestidigitateur se joue des illusions plutôt qu’elle ne transmute les substances. À ce titre, elle participe au désenchantement du monde ou plus exactement, pour reprendre la pertinente remarque étymologique de Thibaut Rioult sur le terme wébérien d’Entzauberung, à sa « démagification » au sens propre du terme, à la disparition ou à l’exclusion des pratiques magiques qui caractérise la fin de la Renaissance et le début de la Modernité. La prestidigitation est la magie de la fin de la magie des Anciens, de la mort du grand Pan. Davantage, affirme l’auteur, « l’illusionnisme est en réalité un dispositif technique anti-magique », l’art qui imite la magie naturelle pour mieux l’annihiler. On mesure d’autant mieux l’importance intellectuelle et sociale de ce dispositif si on tient compte de l’omniprésence de la magie « naturelle » dans les cultures à la fois populaires et savantes de la Renaissance. L’illusionnisme est en réalité un paradigme scientifique et technique de l’entre-deux, du passage des formes substantielles de l’aristotélisme à la matière mathématisable de la physique galiléenne, et il n’est pas étonnant que l’essentiel des sources théoriques qui instituent l’illusionnisme date de cette période de tâtonnements dont témoignent des penseurs aussi importants que Patrizi, Telesio, Bruno, Campanella, Bacon qui prennent congé du monde des formes substantielles sans accéder « à celui des atomes. C’est cet entre-deux, source d’incertitude sur la consistance du réel, qui instaure le règne de l’illusion et constitue l’aire de jeu privilégiée du prestigiateur. Ce paradigme de la crise des paradigmes revêt une double dimension, scientifique et technique. Du point de vue scientifique, il est l’antithèse de la science des Anciens comme de celle des Modernes, puisqu’il repose sur la dissimulation, le déni et l’effacement de la causalité et en particulier de la cause efficiente : « Si vous désirez qu’on les estime telles, recommande Della Porta, ôtez la connaissance de leur cause efficiente. Car celui qui connaît les choses, prise moins leur autorité, et ne les estime rares que pour autant que la cause lui en est cachée ». Si, sous cette forme, l’illusionnisme nous éloigne des principes de la science classique, il nous introduit à sa critique philosophique. Mais pour être privée de causes connues, le prestige n’est pas pour autant dénué d’opérativité : la réalité est certes illusoire, mais l’illusion de la réalité n’est pas sans produire des effets. S’il n’en était pas ainsi, nous ne serions plus en droit d’assimiler l’illusionnisme à un paradigme scientifique et technique.
Parmi les nombreuses figures, toutes aussi remarquables les unes que les autres, auxquelles l’étude de Thibaut Rioult nous introduit, deux intéressent plus particulièrement l’histoire de la technique, entendue du moins au sens traditionnel, c’est-à-dire technologique, du terme : le Vénitien Giovanni Fontana (1393-1455), ingénieur, cryptographe, auteur à la fois d’un Bellicorum instrumentorum liber et d’un Secretum de thesauro experimentorum imaginationis hominum, et, plus tardivement, le Mantouan Abramo Colorni (1544-1599), manieur de cartes et artificier, auteur d’une Scotographia, c’est-à-dire d’une cryptographie, personnages qui tous deux allient la prestidigitation au génie militaire où ils sont passés maîtres, et manifestent les rapports étroits qu’entretiennent les débuts de l’ingénierie avec l’art des prestiges. Ce lien donne une tout autre dimension à la question de la technique dont pourtant la Renaissance, aussi bien à travers ses architectes que ses ingénieurs, annonce la Modernité par sa recherche de la mathématisation et de la codification. La démiurgie change de signification : il ne s’agit pas de transformer le monde, mais de frapper les esprits. L’ingénieur « thaumaturge privilégie l’effet subjectif à l’effet objectif » note notre auteur. La technique n’est pas au service de la production des biens matériels mais de la reconfiguration esthétique du monde, de l’organisation des apparences, de la domestication des illusions. C’est en quoi l’ingénierie, les arts du disegno et la « prestigiation » ont ici partie liée.
Si l’illusionnisme apparaît comme le passage obligé qui conduit à la Modernité, il en est aussi l’ironie, davantage encore le remède à sa puissance de destruction, la manifestation ludique de la vanité de ses ambitions. Il est l’art du double fond, parce qu’il est plus fondamentalement encore l’expression la plus juste des interrègnes, c’est-à-dire de l’impossible procession du réel : il est l’art qui organise la diakósmēsis des mondes encosmiques, le faire monde propre à une réalité en route vers le non-être, en voie de disparition pour parler comme les néoplatoniciens. Il est, sous son défi à la vraisemblance, la vérité de ce qui se défait. On comprend mieux pourquoi la théologie sous ses diverses formes, orthodoxes ou réformées, jugera nécessaire, pour assurer sa propre légitimité en matière d’organisation du monde, soit de la maudire, soit de la réduire à l’insignifiance.
Avant-propos de l’auteur Thibaut Rioult, chargé de recherches (FNRS / Université libre de Bruxelles)
Il y a une dizaine d’années, le projet de réaliser une étude sur l’illusionnisme à la Renaissance suscitait généralement, chez nos interlocuteurs d’alors, une incompréhension amusée et quelques mises en garde quant au corpus disponible, voire quant à l’existence même de cet objet. Malgré les vents contraires, l’inébranlable soutien de Pierre Caye nous a permis de tenir ferme. En dévoilant la très large présence de cet art de la fabrication d’illusions au sein de la culture renaissante, la cartographie que nous proposons ici vient d’abord en fournir une preuve d’existence définitive et établir sa légitimité épistémologique à part entière. Il ne faut jamais céder sur son désir.

À travers l’exhumation d’un vaste corpus sans précédent, couvrant les principales dimensions des champs sociaux et culturels renaissants (science, technique, art, théologie, pédagogie, etc.), on démontre par le fait la singularité de cet objet et la possibilité de définir un champ de recherche afférent, l’illusiographie. Cette approche, résolument transdisciplinaire, ne cherche pas à s’inscrire à l’intérieur d’un champ de recherche, mais vise l’analyse de l’objet « illusionnisme » en soi en suivant sa trace ténue à travers les différents savoirs renaissants. Marginal, l’illusionnisme circule toujours entre les champs. Il ne prend donc son plein sens qu’une fois restitué le cadre général dans lequel il évolue. De la multiplication des témoignages proposés dans cette étude, émerge peu à peu la figure complexe et omniprésente de l’illusionniste renaissant, qu’il soit bateleur forain, savant érudit ou gentilhomme de cour. Son savoir technique engage une réflexion critique fondamentale sur la véracité des phénomènes, tout en donnant paradoxalement accès à un imaginaire surnaturel et magique. La diffusion de cette pratique spectaculaire dans toutes les couches sociales et le développement de ses techniques spectaculaires marquent le premier moment où l’illusionnisme se trouve véritablement en phase avec la totalité d’une époque. En rupture avec une historiographie massivement concentrée sur l’étude de l’illusionnisme durant le long XIXe siècle, identifié comme étant son « âge d’or », il s’agit pour nous d’opérer un pas en arrière, afin d’étudier in vivo la constitution historique de cet art de l’impossibilité visuelle et cognitive.
Performance à dominante technique, distinct du théâtre, l’illusionnisme est un média-attraction, semblable au cinéma des premiers temps, auquel il contribuera largement à donner naissance. Par son esthétique du choc, plus que tout autre art, l’illusionnisme a été durant des siècles le média où se jouait la possibilité de voir et d’expérimenter des phénomènes surnaturels et merveilleux, ou a minima inexplicables. Renouer avec la profondeur historique permet d’accéder à la manière dont les performances illusionnistes contribuaient à façonner les imaginaires, avant l’émergence des grands médias de masse. Détour indispensable pour comprendre l’émergence de la Modernité, l’étude de l’illusionnisme permet aussi de revenir à une conception du savoir antérieure aux grandes fractures disciplinaires et à l’hégémonie de la spécialisation. Elle permet de comprendre la libre circulation des pratiques techniques, et la manière dont elles structuraient la vision du monde des penseurs renaissants. De même, elle opère la jointure entre culture savante et culture populaire.
C’est pourquoi nous sommes tout particulièrement heureux de voir cet ouvrage à la croisée de l’histoire des pratiques spectaculaires, de l’histoire des sciences et techniques et de l’archéologie des médias, publié dans la collection Media Performance Histories, qui permet d’en signifier l’un des horizons les plus profonds. Car, si ce travail centré sur la Renaissance ne traite pas explicitement la question de la généalogie des pratiques spectaculaires de l’époque contemporaine, il n’a jamais cessé de méditer les pratiques anciennes selon cette orientation. La description du paradigme illusionniste renaissant, esquissée dans ces pages, est indissociable d’un dialogue silencieux avec le contemporain : avec l’histoire des spectacles et l’historiographie renaissante, qui omettent l’illusionnisme avec une illusiographie par trop centrée sur le XIXe siècle ; et avec les illusionnistes actuels, majoritairement sujets à l’illusion de l’anhistoricité de leur pratique. Ces discussions nous entraîneraient bien sûr trop loin des bornes temporelles de cette étude et ne seront, par conséquent, pas abordées en tant que telles. Cependant, cet ouvrage ambitionne précisément de fournir un socle qui les rend possibles. Il n’est pas de saut véritable dans l’histoire qui ne soit mu, en dernière instance, par des questions actuelles. Le lourd silence qui pèse aujourd’hui sur l’illusionnisme en est une.
Que trouve-t-on dans le livre ? par Sébastien Bazou
Ce livre est la version remaniée d’une thèse de doctorat en Esthétique, histoire et théorie des arts intitulée Illusion du surnaturel et illusionnistes à la Renaissance : entre théories et pratiques, conceptions techniques et représentations sociales, soutenue le 23 novembre 2018 par Thibaut Rioult à l’Université de recherche Paris Sciences et Lettres, sous la direction de Pierre Caye (directeur de recherche au Centre Jean Pépin).



De l’Antiquité à l’aube du XVIe siècle, nous suivons le fil de la transmission des « secrets » empiriques, techniques et magiques. Illusionnisme et magie à la Renaissance étudie d’abord la nature de ces secrets, leurs utilisations et leurs utilisateurs. L’analyse des manuscrits anonymes de la littérature des secrets, des recueils d’ingénieurs et de courtisans, ainsi que des brochures de colportage, constitue le socle fondamental de l’ouvrage. Cela nous permet de mieux comprendre les implications sociales et esthétiques qui découlent du paradigme singulier de l’illusionnisme (Chap. 1). En parallèle, le livre montre d’abord comment les artistes, graveurs ou peintres, inventent le motif iconographique du joueur de gobelets, dès le XVe siècle, figure symbolique et satirique (Chap. 2). L’approche illusiographique éclaire le rôle important joué par l’illusion et les bateleurs dans les discours théologiques et démonologiques de la fin du XVe siècle (Chap. 3). L’ouvrage explique ensuite comment les Réformés font de la référence au batelage une redoutable arme de polémique théologique (Chap. 4). Puis, comment les savants renaissants héritent du paradigme des secrets, jouent avec les thèmes de la démonologie et contribuent à l’essor social de l’illusionnisme au XVIe siècle (Chap. 5). Nous découvrons ensuite comment s’articulent généalogie technique et théologique à travers l’analyse de la place de la littérature des secrets et de l’illusionnisme dans le renouveau démonologique de la seconde moitié du XVIe siècle. L’ouvrage étudie d’abord, d’une manière générale, le rôle des démonologues réformés dans la critique de la magie (Chap. 6). Puis, analyse en détail le rôle critique que fait jouer Reginald Scot à l’illusionnisme dans La sorcellerie démystifiée, pour en faire un instrument d’herméneutique naturalisante radicale (Chap. 7). Les biographies des principaux gentilshommes illusionnistes des cours d’Europe permettent de donner corps aux praticiens et de montrer la respectabilisation de la pratique alors en cours (Chap. 8). Enfin, le livre montre les modalités de constitution de l’art et du loisir de l’illusionnisme, à travers l’émergence d’une véritable littérature technique didactique, contribuant à sa légitimation sociale, à partir des années 1580 (Chap. 9).



À travers ce vaste panorama, cet ouvrage a pour ambition de démontrer que l’illusionnisme est un savoir à part entière, nécessaire à la compréhension de la singularité de la Renaissance et de l’émergence de la Modernité. C’est la première fois que l’illusionnisme à la Renaissance est traité dans sa globalité. L’auteur nous offre le fruit de toutes ses découvertes en exhumant des personnalités importantes comme par exemple :
- Giovanni Fontana (1393-1455), ingénieur vénitien fasciné par l’illusionnisme, mais aussi médecin, physicien, mécanicien et écrivain technique. Il invente différents dispositifs de récréations optiques comme le « castellum umbrarum », un théâtre d’ombres animé et « Apparentia nocturna ad terrorem videntium », une lanterne magique avant l’heure.
- Les premiers gentilshommes illusionnistes, qui ont fait leur apparition depuis les années 1530 et se sont imposés comme des compagnons de choix dans les cours européennes à l’image de Juan Dalmau, Hieronimo Scotto (1544-c.1605) et Abramo Colorni (1544-1499) qui obtiennent une renommée européenne grâce à leurs tours de cartes. Véritables « aventuriers de la Renaissance », ils sont aussi diplomates, souvent espions, parfois ingénieurs.
En livrant des révélations historiques, documents et références à l’appui :
- La première explication connue d’un tour de cartes en 1478 dans Tractatus mathematicus ad discipulos perusinos de Pacioli (Traité de mathématiques pour les étudiants de Pérouse).
- La première description d’un ordonnancement secret d’un jeu de cartes donnant l’illusion du désordre (appelé « chapelet » par les illusionnistes), ainsi que quelques tours mathématiques de divination dans Le livre de raison de Richard Hill, un marchand de Londres.
- La plus ancienne représentation connue d’un illusionniste (sous les traits d’un bateleur amusant dames et gentilshommes avec ses tours et ses expériences récréatives) sur un panneau de coffre de mariage (cassone), peint vers 1420 par Giovanni di Francesco Toscani (c.1372-1430).
- La plus ancienne illustration d’un matériel d’illusionniste représenté pour lui-même dans un Hausbuch (à vocation encyclopédique et utilitaire, mais n’ayant rien d’un livre de compte), produit à Nuremberg au début du XVIe siècle.
- Etc.
Pour qui est fait ce livre ?
Cet ouvrage s’adresse particulièrement aux historiens, chercheurs, artistes et passionnés d’histoire de l’illusionnisme.
Sommaire
- Préface
- Avant-propos
- Remerciements
- Introduction / L’illusionnisme, un art du merveilleux et du secret – Illusiographie en terra incognita – Fabrication technique et perception sociale de l’illusionnisme
- 1. Aux sources de l’illusionnisme, la littérature des secrets / 1.1. Les secrets techniques de l’Antiquité au Moyen Âge – 1.2. Les experimenta magiques: prestigieux ou illusionnistes ? – 1.3. Faiseurs de merveilles, les secrets illusionnistes des ingénieurs du début de la Renaissance – 1.4. L’illusionnisme, instrument de récréation et de formation du courtesan – 1.5. Diffusion et démocratisation des secrets au XVIe siècle
- 2. Le bateleur, une figure iconographique symbolique / 2.1. Le joueur de gobelets, un enfant de la Lune – 2.2. Bateleur et voleur, le double jeu de L’escamoteur de Bosch – 2.3. Fous et charlatans de Bruegel, symboles des illusions mondaines
- 3. La première démonologie entre prestiges et maléfices / 3.1. Les origines du paradigme magique illusionniste – 3.2. Maléfices et prestiges, la subversion ontologique du Malleus maleficarum – 3.3. Le batelage, prototype de l’art prestigieux des démons et des sorcières
- 4. Le bateleur, une arme polémique réformée / 4.1. La démagification du monde, un changement de paradigme – 4.2. Bateleurs et bouffons, figures de la critique luthérienne des tromperies des théologiens et des puissants – 4.3. La messe comme spectacle de magie, le calvinisme contre la transubstantiation
- 5. La fabrique du merveilleux, entre technique et esthétique / 5.1. Le salvatico, un penseur émancipé aux prises avec le monde – 5.2. Le maniérisme, changement de paradigme techno-esthétique – 5.3. Cardano, l’éloge de la subtilité des bateleurs – 5.4. Della Porta, magie naturelle et merveilleux théâtral
- 6. Les illusionnistes dans la tourmente démonologique / 6.1. Baroque ou réformé, le renouveau de la démonologie – 6.2. Diabolisme et illusionnisme, la démonologie antimagique protestante – 6.3. Prestidigitateurs et prestigiateurs, une impossible distinction? – 6.4. Bruegel, une interprétation populaire des prestiges démoniaques – 6.5. Les tours de bateleurs, un défi à la démonologie
- 7. L’illusionnisme sceptique contre la magie / 7.1. Démystifier les miracles de la sorcellerie et du catholicisme – 7.2. Naturaliser le surnaturel – 7.3. La culture illusionniste populaire contre la superstition
- 8. Illusionnistes de cour, gentilshommes magiciens et diplomates / 8.1. Dalmau, premier prestidigitateur célèbre à travers l’Europe – 8.2. Scotto, illusionniste intriguant et diplomate sorcier – 8.3. Colorni, manieur de cartes, ingénieur et artificier
- 9. La théorisation de l’art de la prestidigitation / 9.1. La réduction en art des savoirs artisanaux et techniques – 9.2. Prevost et Scot, légitimation sociale et tournant didactique de l’illusionnisme – 9.3. Galasso et Ghisi, inventer des tours sous le signe de l’ingenio – 9.4. Bacon, l’illusionnisme au service du plaisir des sens
- Conclusion
- Bibliographie
- Index nominum
Note
Thibaut Rioult est chargé de recherches FNRS (Université libre de Bruxelles) et membre associé de SciFair (UAntwerp). Docteur en esthétique, histoire et théorie des arts, il est spécialiste de la magie, de l’illusionnisme, de l’occulte et du merveilleux. À l’origine de l’illusiographie, il a écrit une soixantaine d’articles sur le sujet. Il a cofondé la revue Arcana naturae. Il a publié Féminisme et magnétisme animal (Agorà, 2026). Dramaturge, il est acteur du mouvement « Illusionnisme Fantastique ».
Pour commander le livre : https://www.brepols.net/products/IS-9782503615189-1
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