
- Auteur : Sébastien Bazou
- Éditeur : Musée de la Magie – Paris
- Date de parution : Mai 2026
- Nombre de pages : 648
- Nombre d’exemplaires : Tirage limité
- Format : 24 cm x 24 cm
- Autres caractéristiques : Couverture rigide cartonnée, reliure cousue et signet doré en tissu intégré. 500 illustrations. 380 portraits. De nombreux QR codes, un lien audio pour écouter le livre.
Présentation
En 1896, Georges Méliès filmait Escamotage d’une dame au Théâtre Robert-Houdin : la femme y disparaissait par la volonté d’un homme. Ce livre propose l’opération inverse. Pour la première fois, une publication retrace l’histoire des femmes dans la prestidigitation, de l’Antiquité à nos jours. Des prêtresses de la Grèce antique aux illusionnistes des grandes scènes contemporaines – sorcières, escamoteuses, voyantes, somnambules, télépathes, prestidigitatrices, physiciennes, médiums – plus de trois cent quatre-vingts femmes magiciennes documentées, sur les trois mille huit cents répertoriés à ce jour. Les Magiciennes traverse vingt-cinq siècles et les grandes étapes de cet art : obscurantisme, réhabilitation, âge d’or, triomphe, reconnaissance. Une section est entièrement consacrée aux magiciennes françaises de 1980 à 2025. Ce sont des pionnières que le milieu a mal connues, ou délibérément ignorées. Il fallait écrire leur histoire…
Préface de l’éditeur Georges Proust
Il est des silences que l’histoire impose aux femmes, et que l’histoire, tôt ou tard, finit par rompre. Celui qui pèse depuis des siècles sur l’art de la prestidigitation au féminin, ce livre entreprend de le briser. Car les femmes ont bel et bien pratiqué la magie. De la Pythie de Delphes aux magiciennes du XXIe siècle, le fil n’a jamais été coupé, même quand on ne le voyait plus. Cet ouvrage en dresse le relevé : plus de trois cent quatre-vingts noms de femmes ayant pratiqué l’illusion, la prestidigitation ou le mentalisme, sur les plus de trois mille huit cents répertoriés à ce jour. Là où la littérature spécialisée n’en avait, le plus souvent, retenu que quelques-unes.
L’histoire des magiciennes ne commence pas en 1845, mais c’est autour de cette date qu’elle prend une inflexion décisive. Lorsque Jean-Eugène Robert-Houdin ouvre son théâtre boulevard des Italiens, les célèbres Soirées fantastiques, il bouleverse l’art tout entier : habit de soirée au lieu du costume de sorcier, langage de la physique amusante, dialogue respectueux avec le public. Parmi les effets qui font le succès de ses soirées figure la « double vue », qu’il présente d’abord avec son fils Émile : un sujet apparemment doué de perception extrasensorielle identifie, les yeux bandés ou à distance, des objets que le public désigne. L’effet, fondé sur un système codé entre les deux partenaires, est d’une efficacité foudroyante.
Ce qui suit est capital pour notre histoire. Lorsque le genre de la « double vue » se propage dans toute l’Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle, c’est la femme, la partenaire, le « sujet », qui se retrouve au centre dramatique de l’effet. C’est elle qui semble posséder le don. C’est sur elle que les regards convergent. La magicienne n’est plus l’assistante que l’on fait disparaître : elle est l’Oracle que l’on interroge. Cette inversion narrative ouvre une brèche. Les duos qui fleurissent dans les music-halls du XXe siècle, Myr et Myroska, Carolus et Magdola, Robertson et Lucile, O’Shan et Naga, Wilsonne et Wilson, Xavier Morris et Véronika, se construisent autour d’une présence féminine dotée d’une véritable stature scénique. Ces femmes ne sont pas décoratives : elles maîtrisent un art exigeant, elles tiennent la scène, elles créent le spectacle.
Dans le même temps, des femmes franchissent un pas supplémentaire : tenir sur scène seule, sans partenaire masculin. Bénita Anguinet (1819–1887) est la figure la mieux documentée de cette émancipation. Physicienne à Paris, elle dirigeait son propre Théâtre au Pré-Catelan : elle n’était l’assistante de personne. Pierre Taillefer et Thibault Ternon lui ont consacré une biographie monumentale, Mlle Bénita Anguinet : La Première Magicienne (Le Cabinet d’Illusions, 2023), et la Revue de la Prestidigitation lui réservait, en janvier-février 2021, son numéro 641bis consacré à « l’âge d’or des femmes illusionnistes ». Marie-Anne Lenormand (1772–1843), installée rue de Tournon à Paris, consultait Joséphine de Beauharnais et publiait elle-même ses mémoires, Mémoires historiques et secrets de l’impératrice Joséphine (1827), affirmant une autorité que nul intermédiaire masculin ne lui avait octroyée. La même année 1896, Reine Desolange, dite « La Sibylle Tragédienne », se produisait aux côtés du grand Marius Cazeneuve à Toulouse non comme assistante, mais comme artiste à part entière. Et Koringa (Renée Bernard, 1908–1976) se produisait devant des milliers de spectateurs avec un numéro de fakirisme entièrement créé par elle, incluant la domination de crocodiles vivants.
L’historiographie internationale a commencé à combler ce vide. La publication en 2022 du livre de Charles Greene III, Ionia : Magician Princess, Secrets Unlocked, a rappelé combien l’histoire des grandes magiciennes reste, pour une large part, à déchiffrer. Ionia, figure à la fois célébrée et mystérieuse, incarne ce paradoxe propre à de nombreuses artistes du tournant des XIXe et XXe siècles : adulées de leur vivant, effacées de la mémoire collective dès lors que la mode passait. Greene III démontre qu’un travail de fond sur les archives peut restituer à ces femmes l’épaisseur historique qu’elles méritent. Le présent ouvrage s’inscrit dans cette même démarche.
L’invisibilité des magiciennes ne tient pas au hasard. Elle procède de mécanismes institutionnels que la Fédération Française des Artistes Prestidigitateurs (FFAP) a elle-même mis du temps à identifier. Pendant des décennies, les concours comportaient une catégorie distincte : la « Magie féminine ». Serge Odin, président de la FFAP, a reconnu que cette ségrégation, présentée comme une bienveillance, signifiait en réalité que les femmes n’étaient pas attendues dans les catégories générales, celles où se jouait la vraie compétition.
La prise de conscience s’est cristallisée autour d’un épisode resté dans les mémoires. En 1984, au concours de la FFAP à Versailles le magicien Vadini avait créé pour l’occasion un personnage féminin, « Barbara », et s’était présenté dans la catégorie « Magie féminine ». Il remporta le Prix de présentation féminine, une catégorie nouvelle, taillée sur mesure pour son numéro. Le Prix de Magie féminine, lui, resta vacant. L’effet est celui d’un révélateur brutal : si un homme pouvait gagner dans cette catégorie en endossant un personnage, c’est que la catégorie elle-même ne reposait sur rien de sérieux, certainement pas sur le talent. La question n’était dès lors plus de savoir si une femme pouvait pratiquer la magie au plus haut niveau, mais pourquoi les structures en place l’y avaient si longtemps dissuadée. La catégorie « Magie féminine » fut supprimée. Les femmes allaient désormais concourir aux mêmes conditions que les hommes, jugées sur les mêmes critères, rien d’autre.

La génération qui suit incarne une liberté nouvelle. Valérie Mageux, prestidigitatrice suisse née en 1967, active dès 1990, s’impose en dehors de tout duo, sur ses seuls mérites techniques. Léa Kyle (Léa Rauzier, née en 1995), spécialisée dans le Quick-change, accumule des millions de vues sur les plateformes numériques et franchit les auditions d’America’s Got Talent, démontrant qu’une magicienne française peut aujourd’hui conquérir une audience internationale de masse. Alexandra Duvivier devient la première femme à recevoir le « Mandrake d’Or », récompense considéré, en France, comme le César de la magie. En 2012, elle réussit l’exploit de tromper Penn & Teller dans leur émission américaine Fool Us, une reconnaissance internationale de la première heure. Caroline Marx reçoit à son tour le « Mandrake d’Or » en 2018 et crée Girl Power (2020), spectacle qui renverse délibérément les codes : ce ne sont plus les femmes qui sont escamotées, mais les hommes. Sur la scène internationale, Juliana Chen, première femme championne du monde à la FISM en 1997, signe l’aboutissement d’une trajectoire collective longue de plusieurs siècles.
Il nous a paru significatif que le premier tour de magie filmé mettant en scène une femme date précisément de 1896 : Georges Méliès réalisait cette année-là Escamotage d’une dame au Théâtre Robert-Houdin. La femme y est escamotée, disparue par la volonté d’un homme. Ce livre propose l’opération inverse : faire réapparaître, l’une après l’autre, celles que l’histoire a effacées. Les recherches qui ont conduit à ce volume ont mobilisé des fonds dispersés : archives de la Bibliothèque nationale de France, archives municipales de Bordeaux et de l’état civil de Madrid, archives de la FFAP, collections privées, presse spécialisée et les mémoires vivantes des associations de prestidigitation. L’histoire des magiciennes existait, pour une large part, à l’état oral : c’est là toute l’urgence qu’il y avait à l’écrire. Ce travail n’est pas clos. Il est une invitation faite aux chercheurs, aux historiens et aux passionnés à poursuivre ce recensement, à retrouver d’autres noms, d’autres visages, d’autres histoires encore enfouies dans des archives inexploitées. L’histoire des magiciennes n’est pas achevée. Elle commence, peut-être, ici.
Introduction de l’auteur Sébastien Bazou
« Pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes dans la magie ? »
Cette question récurrente, posée depuis des décennies, a laissé de nombreuses personnes perplexes. La réponse est voilée dans le silence historique de la magie, et c’est l’un des secrets les mieux gardés de cet art. Vous seriez surpris d’apprendre que les femmes ont toujours existé dans l’art magique et sont responsables de l’avancement de cette discipline. Pourtant, leurs exploits et leurs accomplissements ont souvent été négligés ou réduits à de simples notes de bas de page dans la documentation historique ; souvent, elles disparaissent comme les tours de magie qu’elles ont exécutés.
Pendant des siècles, les femmes ont été dépeintes comme le « sexe faible », susceptibles d’être manipulées et facilement influencées par des sources externes – une perception enracinée dans des stéréotypes néfastes qui persistent encore aujourd’hui. Des illusions emblématiques comme la célèbre Femme coupée en deux renforcent inconsciemment ces notions dépassées, représentant les femmes comme des figures passives tout en élevant le magicien masculin comme la source ultime de contrôle et de pouvoir sur leur destin. Ces récits ont non seulement diminué l’importance des femmes, mais ont également façonné les attitudes de la société.
Qu’est-ce que la magie et comment a-t-elle évolué ? Pendant des siècles, la magie – qu’elle soit perçue comme sorcellerie ou merveille, noire, ou blanche – a été façonnée dans le tissu de la culture et de la religion. Elle a inspiré l’émerveillement, suscité la peur et bâti les croyances dans tous les coins du monde. Le dictionnaire définit la magie comme « un pouvoir ou une influence extraordinaire, semblant provenir d’une source surnaturelle ». La magie a fourni une explication à travers laquelle nous avons cherché à comprendre, à contrôler ou à nous émerveiller des forces qui façonnent nos vies.
Aujourd’hui, en tant que société occidentale éduquée, lorsque nous sommes divertis par un brillant numéro d’illusionnisme, l’exécution de l’impossible semble surnaturelle. Pourtant, il est entendu que la magie est une forme de divertissement sophistiquée et qu’un tour de magie bien exécuté, une performance d’art magique, n’ont rien à voir avec un véritable pouvoir surnaturel. Ce qui était effrayant ou merveilleux dans les temps anciens peut aujourd’hui facilement s’expliquer en termes scientifiques. L’utilisation de la peur et de l’ignorance – exploiter le mystérieux ou l’inexplicable – pour manipuler, tromper et exercer un pouvoir sur les autres, est profondément mauvais et non éthique. Pourtant, des pratiques malhonnêtes dans la magie et la manipulation psychologique ont existé et existent encore aujourd’hui. Je vous laisse, chers lecteurs, décider où vous vous situez sur ces questions controversées.
La magie a été remplie de défis impossibles pour les femmes qui ont consacré leur vie et leur carrière à l’exécution de l’émerveillement. C’est leur résilience et leur force, pour surmonter et conquérir ces défis, qui sont les fondations sur lesquelles les magiciennes contemporaines peuvent fièrement se tenir. Au XXIe siècle, les femmes illusionnistes – autonomisées par la connectivité mondiale – refusent d’être enfermées dans l’invisibilité, et le paysage magique subit une profonde transformation. Des personnalités influentes ont émergé, et une nouvelle génération d’artistes est très demandée à l’échelle mondiale.
Nous avons voulu rassembler, pour la première fois, l’histoire des magiciennes dans un seul ouvrage pour montrer l’importance des femmes dans les arts magiques au fil des siècles, et ainsi proposer d’autres modèles et d’autres voies possibles. Ce livre n’a pas pour ambition d’être une encyclopédie et nous avons choisi de développer certaines histoires plus pertinentes que d’autres. Notre inventaire actuel est loin d’être à jour et terminé car il reste encore beaucoup à découvrir ! Notre objectif est de mettre en lumière certaines figures afin qu’elles constituent un point de départ pour des recherches approfondies futures et un objet de sensibilisation et d’étude pour les historiens et les universitaires.
Que trouve-t-on dans le livre ?
LES MAGICIENNES : la Prestidigitation au Féminin – Art & Histoire, une œuvre inédite qui établit une chronologie des femmes pratiquant la magie simulée de l’Antiquité à nos jours, à travers 2 500 ans d’histoire. Composé de quatre chapitres, avec tout d’abord la partie historique écrite par Philippe Saint-Laurent abordant la « Représentation des femmes dans la magie, de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle » sur 250 pages, à travers différentes incarnations de la magicienne : prêtresses, femmes-monstres, sorcières, voyantes, escamoteuses, prestidigitatrices, physiciennes, télépathes, magnétiseuses, hypnotiseuses, médium spirites, illusionnistes…Nous y découvrons des figures oubliées de l’histoire et des révélations inédites.Ces dix essais sont complétés par de nombreuses fiches individuelles et détaillées.


Le chapitre II est consacré à « L’âge d’or de la magie, des années 1880 aux années 1930 » où sont mis à l’honneur de grandes figures comme Adelaide Herrmann, Emma Reno, Mercedes Talma, Vonetta, Ionia… Le chapitre III célèbre « Le triomphe des femmes, des années 1920 aux années 1980 » avec des artistes médiatiques comme Geri Larsen, Dell O’ Dell, Suzy Wandas, Koringa… mais aussi des oubliées à l’image de Cleopatra, Delia Kamia, Estercita… Le chapitre IV marque la consécration des « Magiciennes sur la scène internationale, de 1990 à 2025 », de la starification des artistes de Las Vegas, aux influenceuses des réseaux sociaux. Le cinquième chapitre retrace l’évolution de la magie féminine en France depuis les années 1980, à travers 34 illusionnistes contemporaines, sur plus de 70 pages. Le sommaire est complété par une liste des lauréates de la FISM, une frise chronologique des magiciennes apparaissant dans l’ouvrage, une bibliographie individuelle et générale, un index alphabétique par nom, et une liste de plus de 3 800 magiciennes recensées à travers le monde qui ne demande qu’à être complétée avec le temps.





Ce livre richement documenté et illustré de 648 pages, comprenant plus de 500 illustrations entièrement en couleur, est présenté dans une réalisation reliée – cousue avec signet au format 24 cm x 24 cm. Les affiches, gravures, lithographies et photographies complètent les récits détaillés de femmes magiciennes à travers différentes époques et différents genres de magie.
Pour qui est fait ce livre ?
Ce livre ravira tous les amoureux de magie, d’histoire, d’art du spectacle et de livre d’art.
Sommaire
- Préface de l’éditeur : Georges Proust
- Préface par Connie Boyd
- Célébration Céleste
- Introduction : Les francs-tireuses de la magie défiant les limites
- I. Représentation des femmes dans la magie, de l’Antiquité au XIXe siècle : Philippe Saint-Laurent / Le mot de l’historien – 1. Les Prêtresses de l’Antiquité, premières magiciennes – 2. Du théâtre religieux des Mystères aux entresorts des foires et aux féeries – 3. Les sorcières, à la source d’un imaginaire collectif – 4. Divination et Voyance – 5. Les premières femmes escamoteuses – 6. Des prestidigitatrices « physiciennes – 7. La seconde vue… et son indispensable bandeau – 8. Magnétisme animal ou Mesmérisme – 9. Médiums et Femmes d’esprits – 10. Les femmes entrent en scène
- II. Seules au centre de la scène : L’âge d’or de la magie, des années 1880 aux années 1930 / La plus grande magicienne de tous les temps – L’impératrice de la magie et la reine des pièces – Renverser la vapeur – Magiciennes royales – Échapper aux contraintes de la société – Sadisme à la française et mise en boîte à l’anglaise – La torture à la portée de tous
- III. Le triomphe des femmes dans l’entre-deux-guerres et au-delà, des années 1920 aux années 1980 / Briser les barrières : Réalisations historiques des années 1920 aux années 1950 – Féminisme et magie – Déguisement, tromperie et espionnage – Détermination dangereuse
- IV. Les magiciennes sur la scène internationale, de 1990 à 2025 : Une époque historique marquée par les réalisations et la reconnaissance / 1990 : Un tournant décisif – La reconnaissance de l’Academy of Magical Arts – La première dame de la magie à Las Vegas – Le concours IBM : Une nouvelle génération – Dans les coulisses : Une influence transformatrice – Poursuivre l’héritage – Illusionniste et historienne de la magie – Les pionnières – L’héritage : Ouvrir la voie aux générations futures – La magie au service d’un objectif : Transformer des vies pour le meilleur – Montrer la voie : Battre des records et définir de nouvelles tendances – Redéfinir le monde de la magie
- V. Les magiciennes françaises : 1980-2025
- Les championnes de la FISM
- Conclusion : État des lieux
- Remerciements
- À propos de l’auteur
- Frise chronologique
- Bibliographie individuelle
- Bibliographie générale
- Index
- Les magiciennes à travers les siècles
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