Comment êtes-vous entrée dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
Comme beaucoup, tout a commencé très jeune. Vers l’âge de huit ou dix ans, j’ai eu la chance de recevoir pour Noël un coffret de magie de Gérard Majax. À partir de ce moment-là, la magie est devenue bien plus qu’un simple jeu ; je me suis mise à inventer de petits spectacles, à créer des univers, à imaginer des mises en scène. À cette époque, je n’imaginais absolument pas que je pourrais devenir magicienne à l’âge adulte. Je viens d’une famille commerçante, où le métier d’artiste n’était pas vraiment envisagé comme une profession. Pourtant, j’ai toujours été très créative, attirée par les activités manuelles, la fabrication, l’invention. Avec le recul, je me rends compte que tout était déjà là… même si je ne le savais pas encore.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?
Je faisais des tours de magie à l’école, pour les copains, lors des soirées… jusqu’au jour où, lors du mariage d’une amie, un magicien est engagé : Alain Cognito. Il me choisit pour monter sur scène. Ce moment a été un véritable déclic. Lui a immédiatement perçu quelque chose en moi, et de mon côté, j’ai ressenti une évidence absolue. J’ai adoré cette expérience. Très vite, je suis devenue son assistante, sa partenaire de scène. C’est à ses côtés que j’ai appris le métier, la scène, le rythme, le regard du public.
Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. À l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?
La rencontre déterminante a clairement été Alain Cognito. À cette époque, j’exerçais pourtant un autre métier : responsable d’atelier de couture. Donc je travaillais en entreprise la semaine et les week-ends en cabaret. Ce fut une période très chargée entre la vie professionnelle, la vie de femme mariée, et j’ai peu à peu mis la magie de côté et arrêter de travailler avec Alain. J’ai eu ensuite mes deux enfants : Wilhem et Angelina. Ça c’est le plus beau tour de magie du monde ! Et puis la vie a fait ce qu’elle sait faire de mieux : une incroyable coïncidence. En promenant mes enfants avec mon mari Peter Kamp (qui n’était pas encore magicien), dans un lieu où je ne vais jamais, je recroise Alain et sa femme. Il me demande ce que je deviens… et surtout si je veux retravailler avec lui, cette fois à temps plein, son assistante venant de déménager. Sans hésiter, j’ai sauté le pas et donné ma démission.

Quelques années plus tard, je lui annonce que je souhaite devenir magicienne à part entière. Il me répond simplement : « Vas-y, vole de tes propres ailes. » J’ai alors commencé seule. Puis le besoin de retrouver la grande illusion s’est fait sentir. J’ai proposé à mon mari de m’accompagner. Ironie totale : lui qui, auparavant, se cachait les yeux en coulisses pour ne rien voir des secrets de magie… a découvert un monde qui l’a immédiatement passionné. Il s’est mis à rattraper toutes ces années, littéralement en mangeant et dormant magie. Les rôles se sont inversés : une femme magicienne, un homme assistant. Et l’aventure en duo est née.
Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros
J’ai commencé par le close-up et la magie de cabaret. Avec le temps, je me suis naturellement tournée vers la magie familiale et jeune public. C’est un univers qui me touche profondément : voir les yeux des enfants briller, remplis d’étoiles, entendre leurs rires, sentir leur émerveillement… c’est magique au sens le plus pur du terme. Avec Peter Kamp, nous avons créé cinq spectacles enfants totalement différents, toujours portés par nos personnages : une fée et un apprenti magicien. Nous avons également un spectacle mêlant magie, bulles de savon et sculpture sur ballons, un domaine que j’affectionne particulièrement.


Côté créations, nous avons inventé plusieurs tours de magie : Infinity Wine, Free Drinks, Ortsa, Lord, Wanted, et bien d’autres. Nous avons aussi écrit un livre (Life or Death) ainsi qu’une conférence : La magie en duo… et bien plus. Créer, écrire, inventer, chercher sans cesse : la magie est inépuisable.
Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
Sans hésitation : Yann Frisch. Je l’ai découvert pour la première fois dans son camion-théâtre – rien que le concept était déjà incroyable. Le Paradoxe de Georges m’a profondément marquée par son écriture, son univers, sa magie. Puis je suis retournée voir son spectacle Personne… et là, ce fut une claque monumentale. L’écriture, la mise en scène, le jeu, la magie : tout est d’une justesse absolue. Je suis sortie en me disant : « Travaille. Encore. Plus. Il faut arriver à faire ressentir aux gens ce qu’il m’a fait ressentir. » Au-delà de la scène, c’est aussi un artiste humble, simple, mais d’un perfectionnisme extrême. Un sans-faute.
Un autre artiste qui reste une référence pour moi est Michael Jackson. Bien plus qu’un chanteur ou un danseur, il a été un maître de l’émotion : il mélangeait le chant, la danse, la comédie et une forme de magie scénique unique. Michael Jackson a révolutionné le monde de la musique par son talent, son exigence et son perfectionnisme. Il a dédié son art à son public avec une intensité totale, et c’est sans doute cela qui le rendait exceptionnel. Son sens du détail, sa créativité et sa capacité à captiver des millions de personnes restent une source d’inspiration incroyable pour moi.
Et puis, il y a un point commun que je partage avec lui : son amour pour Disney. Walt Disney croyait en ses rêves et continue de faire rêver petits et grands. J’aime cet univers, celui de l’enfance et de l’adulte qui refuse de grandir. Garder son âme d’enfant, c’est ce qui permet à un artiste de continuer à faire rêver, encore et toujours.
« Je crée de la magie pour émerveiller les enfants… et pour rappeler aux adultes que l’émerveillement n’a jamais disparu, il s’est simplement fait plus discret. »
Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Je n’ai pas vraiment de style de magie préféré, mais je sais clairement ce qui ne me touche pas. La magie gore ou la magie numérique ne me font ni rêver ni m’émerveiller. Ce qui m’attire, c’est une magie qui raconte quelque chose, qui fait naître une émotion, une énergie positive. Pour moi, les tours doivent avoir du sens, être reliés entre eux et paraître naturels. La magie est avant tout un outil pour transmettre une histoire, créer un moment de partage et de connexion avec le public. Ce que je recherche avant tout, c’est laisser un souvenir. Un jour, une maman m’a appelée pour me dire : « Vous avez animé l’anniversaire de ma fille pour ses dix ans. Elle va bientôt avoir dix-huit ans, et quand je lui ai demandé ce qu’elle voulait comme cadeau, elle m’a répondu : Lilly Pop. » Une autre fois, après un spectacle en duo, un papa — qui avait déjà vu plusieurs de nos spectacles avec ses enfants — m’a confié : « À la maison, mes enfants jouent à Lilly Pop et Peter Kamp. » 😂 À ce moment-là, on sait qu’on a transmis bien plus qu’un simple tour de magie.


Quelles sont vos influences artistiques ?
Elles sont multiples ; les contes, mais aussi le théâtre, la peinture, l’univers féerique, le cirque, les dessins animés, les bandes dessinées, le cinéma fantastique, la danse et tout ce qui raconte une histoire avec sincérité, avec humour ou décalée. Et tout ce qui m’entoure : la nature, l’enfance, les émotions humaines sont aussi des sources d’inspiration. Je suis très sensible aux univers forts, oniriques et aux artistes qui assument une vraie identité.
Quels conseils et quels chemins recommander à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Bien sûr : travailler, se perfectionner, ne jamais considérer quelque chose comme acquis. Le monde évolue vite, la magie aussi. Mais surtout : s’ouvrir. Aller vers le théâtre, l’improvisation, le cirque, se nourrir de culture artistique. Il faut aller à la rencontre de magiciens, congrès, conférence, club, découvrez leurs expériences, savoir entendre les conseils des anciens. Et surtout écouter et aimer son public ! C’est primordial. Les livres et les DVD sont essentiels, mais ne pas faire de copier-coller. Il faut aussi chercher par soi-même, se tromper, inventer, trouver sa propre voix. Et surtout, Je crois profondément que la magie est partout autour de nous… il suffit simplement d’y croire. ✨

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
Je ne suis pas particulièrement fan de la magie sur TikTok, souvent pensée pour un seul effet, parfois irréalisable en conditions réelles, juste pour le buzz. Dommage également que les secrets soient débinés sur les réseaux sociaux. Cela dit, elle a aussi un côté positif : elle donne envie à beaucoup de jeunes de découvrir la magie. La magie s’est énormément développée : numérique, mentalisme, hypnose… elle a toujours ce côté irréel. Aujourd’hui, les gens pensent plus facilement à nous pour les fêtes, les mariages, l’événementiels… Je donne des cours de magie avec l’association Magicorus, école de magie et arts du spectacle, et croyez-moi la magie n’est pas près de s’arrêter ! C’est un art vivant, aimé, et qui continue de faire rêver.
Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?
La culture joue un rôle essentiel dans l’approche de la magie. C’est un art qui permet de transmettre des messages, de partager des émotions et surtout de rassembler. La magie s’adapte à tous les milieux et, par essence, elle ne fait pas de différence : elle crée du lien. Lorsque je travaille dans les écoles, mes spectacles très interactifs me permettent d’aborder des valeurs importantes comme la bienveillance, le respect des autres et la confiance en soi. À travers la magie, je montre qu’il ne faut pas se moquer, que chacun peut réussir s’il s’en donne les moyens et qu’il est important de croire en ses capacités.


Lors des événements et des fêtes, la magie a ce pouvoir universel de réunir des personnes d’origines, de cultures et de sensibilités différentes autour d’un même moment. Cela demande aussi une vraie capacité d’adaptation : selon les croyances de chacun, certains effets – notamment en mentalisme ou autour du spiritisme – peuvent être mal interprétés ou susciter des craintes. Il est donc essentiel d’en tenir compte et d’ajuster son approche.
Ma personnalité, ma douceur et ma féminité ont toujours été des atouts. J’ai souvent ressenti que le public et les clients appréciaient cette sensibilité, notamment pour le close-up et les spectacles familiaux, où une présence féminine est parfois perçue comme plus rassurante et bienveillante.
Heureusement, de plus en plus de femmes s’imposent aujourd’hui dans le monde de la magie. Cet art s’est beaucoup ouvert ces dernières années, et je trouve cela formidable. La magie contribue à faire évoluer les mentalités et à montrer que chacun peut y trouver sa place, quel que soit son milieu social ou son niveau d’études. Elle est accessible à toute personne qui a envie de la découvrir. Et une chose est sûre : lorsqu’on entre dans ce monde fabuleux, on n’en ressort jamais vraiment….
Vos hobbies en dehors de la magie ?
Plus jeune, j’étais très sportive : danse, taekwondo… Aujourd’hui, je suis devenue un peu plus sage. 😄 J’aime créer de mes mains : couture, tricot, crochet. Finalement, tout cela nourrit ma magie, que ce soit dans la conception des spectacles, des accessoires ou simplement dans la naissance de nouvelles idées. Je continue néanmoins à pratiquer des activités sportives comme la natation, la marche ou la salle de sport. Avec le rythme d’un spectacle, il est essentiel d’être en forme et de se sentir bien physiquement pour être pleinement présente face au public.

Je passe aussi beaucoup de temps avec mes animaux. Je suis une grande amoureuse des lapins (j’en ai cinq !), mais je partage également mon quotidien avec un gros chien, des colombes, un cochon d’Inde, des poissons et des tortues. Juste en face de chez moi, il y a un champ avec des chevaux, ce qui apporte encore plus de magie à mon environnement. J’aimerais un jour avoir des chèvres. Petite, je rêvais d’avoir une girafe… et je crois que c’est aussi important de savoir garder certains rêves à l’état de rêve. Je garde aussi du temps pour ma famille, et en particulier pour mes enfants. Même s’ils sont grands maintenant (dix-neuf et vingt ans), j’essaie de partager des activités avec eux et de profiter de chaque moment, car la vie passe tellement vite qu’il faut savoir savourer ces instants précieux.
La magie m’a également donné envie de me remettre à l’anglais et d’en comprendre l’importance, alors qu’à l’école cela ne m’intéressait pas du tout. Mon niveau reste modeste, mais je m’accroche. Je consacre une énorme partie de ma vie à la magie. C’est une passion dévorante et même en vacances, j’ai du mal à décrocher. « Ce que j’aime en magie c’est que je n’aurais jamais assez d’une vie pour en faire le tour. »
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Interview réalisée en février 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Mélanie Erb / Poz pixel / Lilly Pop. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.