Un spectacle de : Camille Trouvé, Brice Berthoud et Jonas Coutancier. Avec : Camille Trouvé, Ángela Ibáñez Castaño, Christelle Ferreira en alternance avec Hawa Diakité, Gaëlle Grassin en alternance avec Marie Jolet. Texte : Les Anges au Plafond en complicité avec Estelle Savasta. Dramaturgie : Saskia Berthod. Scénographie : Brice Berthoud et Julien Michenaud. Musique : Arthur Simonini et UssaR. Bruitages : Xavier Drouault. Marionnettes : Amélie Madeline et Séverine Thiébault en complicité avec Camille Trouvé, Jonas Coutancier et Brice Berthoud. Création 2026

Qui c’est, celui-là ? Celle-là ? Une écrivaine prolixe et quelquefois prodigieuse, un curieux mélange d’aristocratie (la famille de Saxe, quand même) et de peuple, une femme engagée, une mère parfois empêtrée avec ses enfants, qu’elle admire et adore (surtout son fils), entre deux amours forcément romantiques : cela se passe vers 1830. Cette épouse a su se dépêtrer dès qu’elle l’a pu – il a fallu un procès en séparation – de la tutelle d’un mari, chasseur, buveur et autres marques d’un virilisme pesant. L’audacieuse a obtenu de la Préfecture, le droit exceptionnel de porter le pantalon, et malgré cela, elle est vue comme une scandaleuse… Bref, une femme, une écrivaine, qui a dû inventer son nom et son genre pour pouvoir vivre librement de son travail. « Une chambre à soi » : elle s’en est donné les moyens et le temps qu’il faut. Petite scène de nuit : – G.: « J’ai besoin de la nuit pour écrire ». – C. (le mari) : « J’ai besoin de toi pour dormir. » Simple malentendu, à l’origine d’une œuvre et d’un combat : en examinant sa situation et en y trouvant remède, Aurore Dupin devient objectivement féministe.



Quatre actrices portent cette histoire avec vivacité et grâce : Camille Trouvé, Christelle Ferreira, Gaëlle Grassin, et, à la traduction en langue des signes qu’on envierait presque, nous autres, favorisés de l’ouïe, Angela Ibanez Castano. Le spectacle est bilingue, inclusif et surtout interdisciplinaire. Les marionnettes, figures humaines ou animales, sont très belles, parfaites dans leur manipulation, aussi vivantes et présentes, que celles qui les animent, leur donnent la réplique et discutent avec elles.
Hommage au petit castelet-théâtre de Maurice Sand : le fils de George a choisi le côté maternel, et non celui de la baronnie Dudevant : les petites marionnettes à gaine s’invitent sur le plateau, sous le regard de la grande marionnette, belle et mélancolique de George Sand pour de brefs intermèdes hilarants et politiques : « La République, c’est pas gagné. »
Cette rencontre entre différents formats, matières, articulations – un cerf grandeur nature en bois léger, des silhouettes humaines en simple carton, un chien articulé qui sait dormir en rond, un lion féroce, à la taille d’un chat mais à la crinière cruelle, des arbres en tenue d’hiver -, donne un charme particulier au spectacle. Et encore, on ne vous dit pas tout et il y a de belles surprises. Le jour de la représentation était précédé d’une visite tactile du décor et objets : Le spectacle est proposé aux non-voyants, équipés d’un appareil d’audiodescription pour la représentation. La rencontre avec la matière est un « plus » : toucher ce qu’on va entendre jouer, en sentir la réalité, même les voyants y prendraient plaisir, comme avec un magicien qui vous démonterait ses tours : vous croiriez quand même à la magie, et peut-être plus encore.

George sans S nous a enchanté, à un bémol près : le statut du texte : dialogues et récit sont en retrait des autres arts scéniques. Les marionnettes et accessoires nous emmènent vers le conte… qu’on aimerait aussi entendre. Restent les fées : les actrices, les constructrices des objets, la costumière, les régisseurs, les auteurs du spectacle : soit une équipe de presque quarante personnes. Et nous gardons avec bonheur en mémoire, le beau texte final de George Sand elle-même (enfin !) sur son amour des arbres et de la forêt. Ensuite, le mieux serait d’aller visiter la belle maison de George Sand à Nohant (Indre). Peut-être aurez-vous la chance de voir la pièce en petit format dans le théâtre familial, ou sur le castelet de Maurice Sand. Et avoir le temps de lire quelques-uns des romans de notre George.
À lire :
Article de Christine Friedel. Source : Théâtre du Blog. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : © Fabrice Robin / Cie Les Anges au Plafond. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.