Conception et coordination générale : Thierry Collet. Collaboration artistique : Cédric Orain. Assistant magicien : Nicolas Gachet. Lumière : Yann Struillou. Son : Dylan Foldrin. Régie générale et construction : Franck Pellé. Avec : Soria Ieng, Nicolas Gachet et Thierry Collet. Création 2025.
Cela se passe à la chapelle des Franciscains (XIIIe siècle) sur une place jouxtant le vieux Nice. Après un atelier de magie l’après-midi pour enfants (et parents) assez réjouissant de Nicolas Gachet, l’assistant de Thierry Collet. Puis une lecture de textes passionnants de J.E. Robert-Houdin, le grand maître du XIXe siècle et d’extraits d’Harry Potter par des acteurs du Théâtre National au café à côté de la Chapelle, la journée se conclut avec le spectacle de ce magicien remarquable fondé en grande partie sur les tours que nous jouent nos yeux et notre cerveau. Dans un monde où tout n’est qu’illusion, en quoi et en qui pouvons-nous encore avoir confiance ? Thierry Collet explique aussi très clairement sa démarche au public (il a été élève au Conservatoire National et a une maîtrise absolue de l’art oratoire). Mais aussi du détournement d’attention : une des bases de la magie depuis toujours…



Il nous emmène en quatre-vingt-dix minutes, avec ses collaborateurs Soria Ieng et Nicolas Gachet, sur des terres inconnues d’où le public ressort fasciner. « Dans mon travail, dit-il, j’aime que les effets magiques ouvrent des portes philosophiques, politiques et critiques, sans renier, bien sûr, la jubilation que cet art populaire permet de créer. Je rêve d’une magie qui nous réveille, plutôt que de nous endormir. »
Un spectacle où le public suit alternativement trois ateliers. Thierry Collet, Soria Ieng, Nicolas Gachet montrent des illusions d’optique comme ces damiers où, par habitude mentale, nos yeux persistent à voir un carré blanc à côté d’un noir, alors qu’il y a ici deux blancs. Aucun trucage, aucun détournement d’attention puisque nous sommes seuls aux manettes mais la réalité existe bien ! Effrayante ! On imagine ce qu’on pourrait nous faire avaler ! Comme ces rectangles de surface différente : évident quand on les regarde, alors que c’est absolument faux ! Cela voudrait-il dire qu’on peut nous manipuler très facilement ? Ou encore ces exercices de calcul où tout le monde trouve le même nombre : ici encore pas la moindre magie mais juste une raison mathématique… Ou encore des illusions à partir de sensations. C’est juste parfois un peu long puisque le public reste debout.



Puis invités à nous asseoir sur des gradins, Thierry Collet réalise quelques tours classiques comme ce verre à pied rempli de soi-disant vin blanc surgissant d’un foulard rouge. Puis est d’abord projeté un curieux et magnifique petit film en noir et blanc, La Télévision, œil de demain (1947) réalisé par le documentariste J.K. Raymond Millet (1902- 1974) à partir d’une nouvelle d’anticipation de René Barjavel. On y découvre ce que sera la télévision en format portable et comment nous interagirons avec cet écran, ancêtre bien réel du smartphone aux dizaines de fonctions. On voit aussi une femme manquant de se faire renverser par une voiture quand elle traverse une rue, les yeux rivés sur son téléphone ! Il y a aussi des voitures connectées où les informations sont diffusées en direct. Les images sont assaisonnées de commentaires assez caustiques.

Dans ses romans d’anticipation comme Ravage, ce visionnaire qu’était René Barjavel, fils de boulanger et petit-fils de paysan drômois, avait aussi imaginé la Tour Montparnasse. Et le paiement par carte, le téléphone portable. Incroyable ! Ensuite, l’écran fait place, pour un grand moment de mentalisme, à un tableau blanc où seront écrits par Soria Ieng quelque vingt prénoms de spectateurs qui sont candidats. Charlotte, Thomas, John, Florence, Calypso… Thierry Collet donnera à chacun une carte tirée d’un paquet mais lui, ne la regardera pas et ils la garderont soigneusement avec eux. Puis Thierry Collet prendra une carte de son jeu, la montrera au public et demandera à Charlotte si elle a bien le dix de cœur. Oui, dira-t-elle. Il continuera aussi calmement cette énumération et, à chaque fois, Soria Ieng dira, puis effacera le prénom exact. Et oui, diront aussi tous les autres, nous avons le huit de pique, le roi de trèfle. Et cela sans aucune erreur ou approximation chez Thierry Collet. Un classique du mentalisme… Bien sûr, il y a un trucage mais très difficile à percevoir et que nous ne vous dévoilerons pas. Comme Thierry Collet sait admirablement y faire, le public se laisse embarquer. Et sonné par ce tour si bien réalisé, il a longuement applaudi les trois artistes. Technique supérieure de bluff, simplicité apparente, jubilation… Un très bon cocktail entre dialogue avec le public, pensée philosophique, expérience sensorielle, un soir de printemps niçois. Que demande le peuple ?
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