Comment êtes-vous entrée dans la magie ? À quand remonte votre premier déclic ?
C’est une anecdote assez drôle. Quand j’étais petite, je partais chaque été en Normandie pour les vacances et j’y retrouvais toujours la même copine Candice. Un été, j’avais neuf ans, elle m’a montré des tours de cartes sur la plage et j’étais fascinée. Ça a été mon tout premier déclic. À cette époque je faisais de la GRS, gymnastique rythmique sportive. Donc à mon tour je lui ai montré quelques pas de danse et elle a adoré ! Et ce qui est fou c’est que nous avons échangé nos rêves… et chacune les a menés jusqu’au bout. Elle est devenue championne en équipe de France de GRS, et moi, j’ai suivi ce chemin que la magie avait ouvert.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?
Ce même été à mon retour sur Paris, cette fascination pour la magie ne m’a pas quittée. Ma mère a trouvé une annonce dans un journal et m’a inscrite à des cours de magie dans un centre d’animation de quartier. Et c’est là que j’ai réellement commencé la magie. J’y ai rencontré un professeur, Hervé qui m’a suivie tout au long de mon parcours. Il a énormément contribué à la magie que je pratique aujourd’hui. Par la suite, à partir de mes dix-huit ans, j’ai intégré des cercles magiques parisiens, notamment le CMP (Cercle Magique de Paris) puis plus récemment le CFI (Cercle Français de l’Illusionnisme) ce qui n’a fait qu’enrichir mes connaissances et mes échanges autour de la magie. Bien sûr, je suis aussi passée par les boutiques de magie et les livres.

Ma particularité, c’est que j’apprends beaucoup plus lorsque la transmission se fait à l’oral : avec un professeur ou dans l’échange direct entre magiciens. L’échange humain a toujours été essentiel pour moi. J’aime qu’on m’explique, qu’on partage, qu’on brainstorme. C’est vraiment comme ça que j’ai construit ma magie.
Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé ?
Évidemment, il y a eu mes parents, qui m’ont inscrite à mes premiers cours, acheté mes premiers tours et toujours encouragé dans ce qui me passionnait. Je me rappelle d’un voyage à Las Vegas avec eux où, voulant me faire plaisir, ils m’ont emmené voir le spectacle de magie de Lance Burton. Le show à l’américaine m’a émerveillé. Pendant ce même séjour, nous sommes entrés dans une boutique de magie. Pour m’encourager, ils m’ont offert un tour de scène spectaculaire : du lait disparaissait d’un journal pour réapparaître dans l’ampoule d’une lampe. Au-delà de cet énorme objet qu’on a dû faire rentrer dans une valise, ce cadeau avait une portée bien plus forte : il traduisait leur confiance et l’idée, déjà, que je pourrais un jour faire de la scène et présenter ce numéro devant un public.

Ma famille a toujours été très présente : mon frère, qui a été mon tout premier manager et avec qui nous avons construit mon image sur les réseaux sociaux ; ma sœur, qui m’a organisé mes premiers spectacles — parfois « gratuitement », mais toujours avec beaucoup de cœur, ce qui m’a permis de m’entraîner ; et enfin mon mari, mon fan inconditionnel, celui qui me pousse toujours vers le haut et me permet de tester mes nouveaux tours.
Sinon, il y a bien sûr Hervé, le professeur avec lequel j’ai commencé la magie et qui m’a transmis une grande partie de ce que je pratique encore aujourd’hui. Et enfin j’ai eu la chance de rencontrer des magiciens amateurs comme professionnels, passionnés, qui ont toujours pris le temps d’échanger et de transmettre leur savoir. Je pense notamment à Henry Mayol, Cocodenoix ou Stéphane Lydo. Pour moi, chaque expérience est une opportunité : chaque scène, chaque échange, chaque retour nourrit le travail et permet d’avancer.
Quels sont vos domaines de compétence ? Dans quelles conditions travaillez-vous ? Parlez-nous de vos créations, spectacles et numéros
J’ai commencé pendant de nombreuses années avec de la magie générale, en travaillant les grands classiques comme les cordes, les foulards, les anneaux chinois, les balles éponge… Ces dernières années, je me suis davantage consacrée au mentalisme, qui correspond aujourd’hui davantage à mon univers. J’ai toujours trouvé fascinant d’arriver à rentrer dans la tête d’un spectateur, où à influencer ses choix. Face à un beau numéro de manipulation, on se dit souvent : « il est très fort ». Face à un numéro de mentalisme, on se dit plutôt : « mais comment est-ce possible ? ». On ne parle plus de technique, mais presque de génie. Le mentaliste trouble, dérange, questionne. À mon sens, cela marque beaucoup plus le spectateur, parce que ça le concerne directement.


Sinon je travaille aussi bien sur scène qu’en close-up, principalement lors d’événements d’entreprise ou de soirées privées. La création et la personnalisation sont au cœur de mon travail. J’ai une structure de numéros bien définie, mais avant chaque prestation, je prends le temps d’adapter le contenu au public : intégrer le nom d’une marque, ou un message particulier à faire passer. C’est ce qui fait que, en général, l’expérience marque beaucoup plus les spectateurs.
Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?
Le travail de Léa Kyle m’a particulièrement marquée. Elle pratique le Quick change, cet art de changer de tenue de manière extrêmement rapide. Ce qui m’impressionne, c’est qu’elle le fait aujourd’hui sous nos yeux, instantanément, sans paravent, et en robes. J’étais au premier rang du spectacle The Illusionnist dans lequel elle performait aux Folies Bergère, et même si prêt je n’y voyais que du feu.
Quand j’étais petite, j’allais voir Arturo Brachetti, qui me paraissait déjà incroyable avec ses changements de vêtements derrière un paravent. Voir aujourd’hui Léa repousser encore plus loin les limites, en rendant ces transformations totalement visibles, est pour moi une véritable innovation artistique. Et puis, au-delà de la prouesse, c’est aussi très inspirant de voir une femme connaître un tel succès dans ce domaine. Ça montre que nous aussi, on peut aller loin, innover et s’imposer sur scène. Et ça, c’est extrêmement motivant.
Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?
Même si j’ai une préférence pour le mentalisme, ce qui m’attire avant tout, c’est le spectacle dans son ensemble. J’aime quand il y a une vraie mise en scène, une vraie intention artistique. Ce n’est pas le tour en lui-même qui me touche, mais ce qu’il fait vivre : l’évasion, l’émotion, parfois le rire quand il y a une touche d’humour.

Pour moi, un bon magicien est avant tout un bon comédien. Quelqu’un qui sait raconter une histoire, faire voyager le public et créer un vrai moment de spectacle. Par exemple, Gus l’illusionniste a un personnage tellement attachant que j’aime énormément le regarder. Même si, à la base, je ne suis pas forcément sensible à tous les tours qu’il présente, c’est l’ensemble qui fonctionne : son univers, son énergie, sa présence. C’est ce tout qui fait que j’adhère pleinement à ce qu’il propose.
De la même manière, dans le spectacle de Xavier Mortimer, il y a un moment entièrement construit autour d’un écran et de jeux d’ombres, très drôle, où il tombe dans des trous, se déplace, interagit avec la vidéo. À cet instant-là, il n’y a plus réellement de magie au sens strict, puisque c’est une séquence filmée. Pourtant, c’est tellement bien rythmé, intelligent et humoristique que j’ai adoré ce moment. Pour moi, c’est la preuve qu’un bon spectacle de magie ne repose pas uniquement sur les tours, mais sur la mise en scène, le rythme, le personnage et l’émotion que l’on fait vivre au public.
Quelles sont vos influences artistiques ?
Je suis particulièrement influencée par les mentalistes contemporains. J’apprécie beaucoup le travail de Viktor Vincent et de Antonio, notamment pour leur présence, leur sens de la mise en scène et leur capacité à créer de véritables expériences pour le public. Leur travail à la télévision m’inspire particulièrement. La magie sur un plateau télé est un exercice très exigeant : il faut savoir s’imposer sans arrogance, capter l’attention immédiatement, impressionner. Contrairement à une prestation en soirée, la pression est à mon sens plus forte à la télévision car il faut convaincre rapidement à la fois le public présent et les téléspectateurs pour éviter qu’ils ne changent de chaîne ; sans oublier que tout est filmé donc un travail difficile d’angle et pas le droit à l’erreur.

C’est aussi un univers qui demande une créativité permanente. Là où un magicien peut s’appuyer sur des routines rodées en close-up, la télévision oblige à sans cesse innover et créer de nouvelles idées, souvent sans le temps de les tester longuement. Cela demande une vraie aisance et une grande maîtrise. Je trouve que ces deux artistes répondent parfaitement à ces exigences, et j’espère avoir un jour l’occasion, moi aussi, de faire du mentalisme sur un plateau télé et de me confronter à ces mêmes règles.
Quels conseils et quels chemins recommander à un(e) magicien(ne) débutant(e) ?
Avant tout : éclate-toi, amuse-toi, expérimente et prend du plaisir ! La magie est quand même un art magnifique dont le but premier est d’émerveiller les gens. Bien sûr, il y aura du travail, comme dans tous les domaines si l’on veut aller loin. Mais quand on est vraiment passionné, on ne compte pas. Les heures passent naturellement. Ne sois pas pressé de présenter trop vite tes numéros. D’abord parce qu’il faut les maîtriser.

Et ensuite, la mise en scène est tout aussi importante que le tour lui-même, et les deux sont indissociables. Trop souvent, surtout quand on débute, on apprend uniquement la technique et on la présente telle quelle. Mais la technique seule a peu d’impact si elle n’est pas portée par une histoire, une intention, un univers. Ce qui capte vraiment le public, c’est ce que l’on raconte autour du tour. Enfin, il est essentiel de présenter ses numéros devant un public, et de le faire souvent. Au début, les tours ne seront pas aussi aboutis qu’à la fin, et c’est normal, ça fait partie du jeu. Commencer avec sa famille ou ses amis est une bonne chose.
Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?
La magie évolue forcément avec son temps. À une époque, on impressionnait le public avec des phénomènes comme l’électricité, lorsqu’elle n’était pas encore présente dans tous les foyers. Aujourd’hui, le contexte est différent, mais le principe reste le même : la magie s’adapte à son époque, à ses outils et à ses supports. Les réseaux sociaux en font clairement partie aujourd’hui. C’est un formidable terrain de jeu, mais aussi un outil à double tranchant. Beaucoup de tours que l’on voit en ligne ne sont pas réalisables en conditions réelles de spectacle, et il faut savoir prendre du recul par rapport à cette magie-là. De mon côté, cela m’amuse beaucoup. J’ai un compte très développé avec des vidéos pensées spécifiquement pour les réseaux sociaux : des effets visuels, rapides, souvent très « flash », sur des formats courts d’une trentaine de secondes. Mais pour moi, un magicien ne doit pas se consacrer uniquement à ça. Les réseaux restent un espace d’amusement et de création à part.

Dans mes spectacles, je présente des numéros qui n’ont souvent rien à voir avec ce que je montre en ligne. Dans de rares cas, il est possible de faire coexister les deux et d’adapter certains effets des réseaux à la scène, mais très peu y parviennent réellement. Un artiste comme Xavier Mortimer est exceptionnel à ce niveau-là : ses vidéos sont si fortes qu’on pourrait croire à des trucages, alors qu’il réalise ces effets en conditions réelles, comme son célèbre numéro où il vole avec un caddie de supermarché.
Vos hobbies en dehors de la magie ?
Je me décrierais comme très créative. J’ai toujours aimé explorer : dix ans de piano plus jeune, des années de peinture en testant plein de techniques. Aujourd’hui, je peins principalement au pastel sec. J’aime aussi imaginer et fabriquer de petits objets, comme des bracelets ou des bijoux pour téléphone. J’adore partager des moments de créativité avec mes neveux et nièces.
Et puis il y a le sport, indispensable à mon équilibre. J’ai besoin de ma dose chaque semaine. Je cours généralement un semi-marathon par an. En salle je fais du vélo intensif le RPM et du Body Attack. Je pratique aussi la boxe. Je jongle entre tous ces ports et plus récemment, pendant ma grossesse, j’ai découvert une nouvelle passion pour la natation. Le sport, comme la création, fait partie intégrante de mon énergie au quotidien.
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Interview réalisée en janvier 2026. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Estelle Woog. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.