Pouvez-vous nous parler de votre enfance et de votre carrière ?
Je suis venu au monde le 2 mai 1959 à Moulin, une ville de 25 000 habitants, préfecture du département de l’Allier (03). J’ai quitté Moulins en 1966, à l’âge de sept ans pour la petite ville des vérités, Lapalisse toujours dans l’Allier où j’ai vécu et travaillé jusqu’à l’âge de 30 ans. Mon cursus scolaire, après le collège, était orienté dans l’industrie du verre. Je devais obtenir un brevet technique, dont seul, le lycée technique d’Yzeure (commune limitrophe de Moulin) préparait ce diplôme en France. L’année de seconde était une année où l’on partageait les même cours et ateliers que les techniciens et futurs ingénieurs en industrie mécanique. J’avais des cours de dessin industriel, c’était pour moi ma matière préférée où l’on devait créer avec un travail personnel des pièces mécaniques. Ce travail était, pour moi, l’occasion de faire preuve d’imagination et de rigueur intellectuelle pour concevoir des pièces simples ou complexes en partant d’un cahier des charges bien détaillé. Au lycée, c’était la table à dessin et les Rotrings que je devais utiliser. Pas d’aperçu de votre dessin en 3D comme sur votre ordinateur. Mais quel bonheur de recevoir les bonnes appréciations de votre professeur après le rendu de votre prototype sur ce support qu’était la feuille de calque polyester.

J’apprécie aujourd’hui d’avoir un logiciel de CAO (Conception Assistée par Ordinateur) pour dessiner mes créations magiques. Actuellement, c’est un peu, pour moi, le même travail et le même objectif : avoir l’idée d’un objet déjà bien défini en tête, le dessiner sur ordinateur, mais avec la 3D, voir le rendu tel qu’il sera une fois conçu sur son écran. L’ordinateur me permet, en plus de la simulation, de vérifier facilement d’éventuelles erreurs de conception. Un bon gain de temps, même pour la création de mes petits tours de magie en bois. Puis le hasard de la vie a fait que ma carrière a été orientée dans le BTP routes et autoroutes, dans l’ingénierie en bureau d’études. Une carrière dans la fonction publique, dans le privé jusqu’à ma retraite en août 2022. Date à laquelle j’allais enfin me consacrer à ma nouvelle passion qu’est la magie mais en tant que créateur d’objets magiques en bois…
Comment s’est faite votre rencontre dans le monde de la magie et sa progression ?
C’est vers l’âge de huit-neuf ans que j’ai découvert mes premiers spectacles de magie avec l’émission la Piste aux étoiles. Je me souviens de différents tours de magie de scène et de la Malle des Indes qui m’impressionnait. C’est en voyant mes parents surpris devant ce type de spectacle que j’ai voulu, moi aussi, impressionner avec de la magie. C’était le point de départ de mes premiers tours dont beaucoup utilisaient des aimants que je me procurais auprès de mon père qui les utilisait dans le cadre de son travail. Du fil de pêche, toujours celui de mon père, pour en faire du fil invisible. Je réalisais ainsi mes premières apparitions, disparitions de cartes (belote), de pièces magnétisables, d’effets flashs… sans être inspiré par des revues.
Vers dix-onze ans, j’ai reçu ma première mallette de magie pour Noël. Il y avait, je crois, des dizaines de tours. Certains permettaient de beaux effets. Mais la plupart me décevaient, alors je me suis confectionné ma propre mallette de magie maison dans une boite fabriquée en carton. Je commençais ainsi à créer mes propres tours que je rangeais méticuleusement dans ma mallette. Cette mallette, je l’ai retrouvée des années plus tard dans le grenier de la maison de mes parents en me disant qu’elle ferait le bonheur de mes futurs enfants. Puis, mon père a fait un jour un grand ménage dans son grenier et ma mallette, malheureusement est partie à la poubelle. Ce fût bien sûr une énorme déception. Je sais que je donnerais très cher pour la retrouver. Il y avait un tour que j’avais, bien sûr, inventé et dont j’étais très fier, qui me permettait, dans deux tubes posés sur la table de glisser deux cartes différentes qui changeaient de tube quand on les relevait. Pas de carte avec des flaps car je ne connaissais pas, mais mes fameux fils de pêche. Deux fils de pêche croisés dans chaque tube qui faisaient pivoter mes deux cartes doubles faces à 180°.
Puis adolescent, c’est plutôt la création de jeux dont l’inspiration me venait des fêtes foraines ou de jouets, que les copains m’achetaient parfois, qui prenaient l’ascendant sur la magie. Au lycée, un copain m’a fait des tours de cartes et me les a appris. C’était vraiment une belle découverte. Ces tours nécessitaient de la dextérité et m’ont valu des heures d’entraînement pendant mes cours d’anglais. Je me perfectionnais dans les « levées double », les « empalmages » mais pas en Anglais. Je ne manquais jamais ensuite de refaire ces tours en famille ou avec les copains. Une fois dans la vie active, j’ai complètement délaissé la magie. Mais j’ai toujours été un grand amateur des magiciens passant à la télévision. Comme beaucoup de magiciens amateurs, je cherchais tout le temps le truc, le comment de l’effet sans parfois vraiment apprécier le talent de l’artiste qui présentait son spectacle qu’il avait dû travailler pendant des mois. C’est depuis que je crée que je me rends compte qu’être sur scène et présenter des tours nécessite un véritable talent.
Dans les années 90 je me souviens que je commandais au magasin de magie Agility, à Lyon, quelques tours qui m’étaient envoyés par la poste. Je recevais la liste des tours disponibles avec leurs références et j’en commandais un ou deux par an. J’ai aussi fait la collection de fiches cartonnées de tours dont je ne me souviens plus le nom de l’éditeur. Je recevais une fois par mois une douzaine de fiches que l’on pouvait classer par genre dans des petits classeurs. Quelques tours étaient très amusants et pouvaient se faire avec des objets usuels. C’était assez inspirant pour le futur créateur que j’allais devenir. Mais c’est surtout Bernard Bilis et sa série de cassettes VHS, La magie des cartes, qui a relancé mon intérêt pour la cartomagie. Encore des heures de manipulation dès que j’avais un peu de temps à consacrer à cet art. À cette époque, je n’avais pas le temps et pas encore trouvé l’outil indispensable pour réaliser mes créations actuelles.
Quel a été l’élément déclencheur de la création de vos premiers tours en bois ?
En 2019, à l’approche des fêtes de Noël, je voulais reproduire un tour de magie que j’avais vu sur la chaîne YouTube pour mes enfants. C’était un zigzag avec un jeu de carte qui rappelle la femme coupée en deux et décliné en plusieurs modèles. L’explication n’étant pas donnée, mais relativement simple à comprendre et surtout à fabriquer je décidais de le faire en carton plume (carton utilisé par les maquettistes) à ma façon. L’aspect final de l’objet ne me satisfaisait pas du tout. Je me rendais compte que maquettiste ne s’improvisait pas surtout avec ce type de matériaux. J’allais alors acheter du balsa, un type de bois facile à travailler mais très fragile. Et, quelques jours plus tard, je vois une affiche faisant la publicité de l’ouverture d’un FabLab1 à Lapalisse qui met à disposition divers outils comme des imprimantes 3D et surtout des machines à découper le bois au laser. J’avais trouvé l’outil idéal, la découpe laser.

Ma première découpe correspondait exactement à ce que je souhaitais. C’est surtout l’assemblage des quelques pièces qui composaient mon objet qui était pour moi une réussite. Je m’empressais ensuite, après le découpage des cartes à jouer, de faire découvrir ce tour. Les personnes à qui je présentais l’objet m’ont félicité et encouragé finalement à poursuivre mes créations magiques. C’était le départ de la gamme de mes tours en bois. Il me restait à donner un nom que je trouvais rapidement « Collection Un P’tit Tour » que je renommais plus tard « Collection Un Petit Tour » pour des raisons plus pratiques de recherche sur les réseaux sociaux. J’ai imaginé aussi mon logo le point d’interrogation avec un D à l’envers qui se veut énigmatique et que chacun peut interpréter à sa manière. Ce logo est gravé sur toutes mes créations. Voilà le point de départ de mes premières créations qui m’occuperont pendant mon temps libre de fin de carrière. La retraite n’était plus loin et je savais que je développerais « Collection Un Petit Tour » pour partager mes créations avec les amateurs de magie, collectionneurs et professionnels.
Comment vous viennent les idées de vos créations ?
Je regarde, comme beaucoup de passionnés, les réseaux sociaux traitant de la magie. Particulièrement le Unboxing hebdomadaire du magasin de magie Le Petit Magicien qui présente les nouvelles sorties qui m’inspirent parfois pour un nouvel effet. Les Tenyo bien sur dont les mécanismes pour certains sont fabuleux et très visuels. Je n’ai pas la culture d’un magicien, qui a en général une bibliothèque avec de nombreux ouvrages traitant de la magie et de ses explications ou bien faisant parti d’un cercle, où, grâce aux échanges entre membres, les fonctionnements des tours sont dévoilés.


L’inspiration me vient donc rarement de ce que je vois ou de ce que je lis. J’essaie d’être original, pour attirer la curiosité des magiciens ou le grand public. Et surtout de « revisiter » des classiques avec de nouveaux principes. J’ai toujours été très observateur. Je cherche toujours à détourner l’utilisation d’un objet, d’un matériau, le simplifier quand je le peux et le transformer en objet magique. Parfois l’idée et le principe peuvent rester des mois avant que je décide de le réaliser. Mais c’est souvent la nuit, en cherchant le sommeil, que j’imagine mes tours. Je suis plus créatif dans mon lit finalement. Au petit matin, je m’empresse de faire un croquis sur un petit cahier sur lequel de nombreux projets attendent que je poursuive l’idée du tour, pour le concrétiser. Il m’arrive même parfois, d’ébaucher un prototype, le matin en me levant. Je décide alors de poursuivre ou pas, et là, je sais que je vais me concentrer sur ce nouveau projet qui va décider de mon agenda pour plusieurs jours. Si mon planning est trop chargé, je décide souvent de reporter à des périodes où j’aurais plus de temps.




Je me donne toujours un défi, mon tour doit être simple à utiliser, mais aussi surprenant et ingénieux sur son fonctionnement. En toute modestie, je veux aussi que les magiciens cherchent à découvrir le fonctionnement. Et je cherche toujours, dans la majorité des cas, à ce que mes créations puissent être données à l’examen. Je trouve que l’effet magique est plus fort ainsi. Les tours que je fabrique peuvent aussi être inspirés d’une de mes créations précédentes. Je travaille parfois sur deux tours à la fois. Mes créations sont en majorité réalisées en bois mais certaines le sont en impression 3D. C’est le cas, par exemple, des fausses pistaches ou sucres magnétiques, pour lesquels j’ai trouvé des procédés de fabrication pour qu’ils soient les plus réalistes possible.
Expliquez-nous les différents processus de confection d’un tour ?
Je dessine d’abord au crayon l’objet magique que je veux créer de la manière la plus simple possible (pas de motifs de décoration, par exemple). À partir de ce dessin, je réalise souvent une maquette sommaire en bois de balsa2. Ce type de bois est très facile à découper au cutter et se colle très facilement. Cette maquette me permet d’évaluer les proportions avant le dessin sur ordinateur. Mes créations pour « Collection Un Petit Tour » doivent tenir en général dans un packaging de même dimension. Je passe ensuite à la partie dessin sur ordinateur. Je réalise l’objet en trois dimensions. Cette méthode de conception, quand on maîtrise le logiciel, permet de créer l’objet virtuellement comme pour une maquette en bois. Une fois le dessin réalisé en 3D, il me suffit de le modifier en 2D. Chaque élément dessiné composant l’objet est séparé et mis à plat de façon à créer un fichier vectorisé qui sera traité par la découpe laser. J’utilise en général du bois MDF-HDF3. Ce bois reconstitué très dense permet des découpes et des assemblages de l’ordre du dixième de millimètre. Je fais en général plusieurs découpes et assemblages avant la version définitive. Ainsi, pour Le Coffre à Balles j’ai eu besoin de nombreuses maquettes avant que le tour fonctionne comme je le souhaitais. Certains tours peuvent paraître simples mais nécessitent, parfois, de nombreux éléments. C’est le cas du tour Passage pour lequel je dois assembler pas moins de 44 éléments ! Quelques tours nécessitent du placage de feuille de bois, de plaque en polycarbonate4 ou d’autres matériaux. D’autres des pièces que je réalise avec une machine d’impression 3D en plastique.




Après avoir assemblé tous mes éléments qui composent mon tour, je fais des tests de solidité, je cherche les points faibles qui pourraient fragiliser l’objet. Avec l’habitude, je connais les astuces de conception qui permettent de rendre un produit fini fiable. Je teste alors mon nouveau tour en le présentant à mon club de magie (AMAC) ou à mes amis. Les retours me permettent parfois d’apporter quelques petites modifications. Ensuite viens la fabrication du packaging. J’utilise un logiciel de traitement de photos pour créer le visuel et de vectorisation pour le design de la boite. Je fais, dans l’esprit d’une collection, des packagings semblables aux dimensions identiques. Les boites sont ensuite imprimées au laser par un professionnel sur du carton 300 grammes. Je découpe le carton interne et les éléments de calage avec la découpe laser. Je dois, enfin, créer une notice explicative du tour sur papier, la plus simple et la plus pédagogique possible. Je réalise des vidéos sur l’effet du tour mais pas sur l’explication. Un véritable travail d’artisanat. Je peux ensuite présenter ma nouveauté sur mon site marchand https://www.cupt-magie.fr ou sur Facebook où vous pouvez me trouver au profil Gilles Devillars.
Pouvez-vous nous présenter vos tours de scène ?
Voici quelques tours de scène que je propose :





J’ai voulu que cette boite, contrairement au Tenyo, puisse être donnée à l’examen avant et après le tour. Elle est entièrement en bois plaqué. Les magiciens à qui j’ai montré cette boite ont beaucoup appréciés cette version examinable. J’ai, au moins, quatre idées de tours de scène à développer actuellement, mais le temps n’est pas extensible, les journées bien trop courtes même pour le retraité que je suis.
Que pensez-vous des tours Tenyo ?
J’adore les Tenyo, essayer de comprendre surtout, car les mécanismes sont parfois plus forts que l’effet du tour lui-même. J’aime ainsi beaucoup Crystal cleaver pour son mécanisme et Magical Honeycomb pour sa simplicité et son effet sur le public. Parfois, on m’appelle pour savoir si je peux reproduire un Tenyo collector en bois. Je profite de cet interview pour vous dire que je ne veux pas reproduire les Tenyo, ni dans ma collection, ni pour un particulier. Refaire un tour inspiré d’un Tenyo mais avec un autre mécanisme vraiment différent je l’ai déjà fait, mais pour moi ce n’est pas une copie. Je pense que tous les effets, ou presque, ont déjà été créés en magie. C’est le truc innovant pour l’effet qui suscite pour moi tout son intérêt. Oui, c’est cela, essayer en toute modestie d’être novateur dans la création magique.


Quels magiciens appréciez-vous ?
J’aime beaucoup les magiciens espagnols : Dani DaOrtiz, Juan Tamariz, Mario Lopez… Quand j’étais jeune, Dominique Webb, Gérard Majax (son émission Y’a un truc) m’ont vraiment impressionné. Bernard Bilis dans les émissions de Christophe Dechavanne. J’avais acheté toutes ses cassettes VHS. Dani Lary et ses grandes illusions avec ses mises en scènes incroyables. Et puis de nombreux autres artistes internationaux dont la liste serait trop longue. J’aime les magiciens qui respectent leur public et les mettent à l’aise quand ils les invitent à monter sur scène. J’apprécie aussi beaucoup l’originalité des magiciens comiques qui font des tours parfois avec trois bouts de ficelles. Même si la magie, dans ces cas-là, n’est pas très originale, leur talent de répartie, d’échanges plein d’humour avec le public me plait beaucoup.
Pouvez-vous nous parler de vos futures créations ?
J’ai actuellement plus de tours de scène en gestation que de tours de micromagie. Comme j’expliquais précédemment c’est le temps qui me manque. J’ai quatre tours de scène dont deux sont très avancés sur papier. J’aimerais, en priorité, revoir le concept de l’apparition d’une personne dans une caisse posée sur une table, bien sûr trop petite pour qu’elle puisse tenir entièrement, et pourtant… La table, la caisse tout sera ensuite montré au public. Je pense que le principe est innovant. Je verrai les premières impressions quand je présenterai, comme d’habitude aux amis magiciens avant de définitivement valider ce projet.

Pouvez-vous nous parler de votre dernière création ?
Depuis deux-trois ans, je voulais faire un tour avec une pièce de monnaie qui traverse un corps solide. Les effets de pénétration sont très forts en magie. Il existe une multitude de ces effets. Moi, je voulais que la tirelire soit avant tout donnée à l’examen au spectateur. C’est en utilisant la propriété d’un matériau que j’utilise pour mes créations que m’est venu l’idée. Ce sera une tirelire à deux compartiments. Il semble que la pièce ne peut traverser le premier compartiment car fermé par une lame. Et pourtant, la pièce après avoir secoué la tirelire se retrouve dans le second compartiment. Ce tour est très apprécié par l’ensemble des personnes qui l’on vu. J’ai posté une vidéo de démonstration sur Facebook pour en faire la promotion. J’ai proposé de faire gagner Tirelire à la personne qui trouverait le « truc ». Parmi les nombreux candidats personne ne m’a donné la solution exacte. J’ai donc fait gagner l’objet pour une solution partielle. Ce dernier tour m’a valu beaucoup de compliments et a été très apprécié des collectionneurs de Tenyo.

Racontez-nous le concours des inventeurs « International Create Illusion 2025 » auquel vous avez récemment participé ?
C’est Serge Arial lui-même, créateur de ce concours qui a eu connaissance de l’existence de mes créations par l’intermédiaire d’un ami commun qui m’a convaincu de me présenter. Mon angoisse était de ne pas être à la hauteur d’un tel évènement, car connu de personne. Je savais que j’avais matière à présenter des tours, mais face à un prestigieux jury, dont, Gaétan Bloom lui-même, avait de quoi me laisser perplexe. Je remercie ma compagne Corinne, pour son soutient indispensable et ses encouragements. C’est elle qui m’a donné confiance et surtout en me disant : « tu ramèneras un prix, j’en suis sûr ». Je me suis dit aussi que je ferais de nouvelles connaissances, des personnes comme moi, ayant la même passion créative pour la magie. Ma décision était donc prise, ne pas décevoir et me rendre à ce concours.


Ce festival me permettait aussi d’avoir un stand d’exposition. Je suis arrivé le vendredi 28 février en fin de journée aux Sables-d’Olonne. Après six heures de voyage je me sentais fatigué, fatigue qui doit être due au stress et je me connais bien. Après une bonne nuit et un bon petit déjeuner dans un ravissant hôtel, je prenais le chemin du centre des congrès les Atlantes moins stressé que la veille. Une fois mon stand installé, je me suis trouvé très à l’aise dans le lieu, et mes voisins immédiats étaient très sympathiques. C’est vers 15h que je devais me préparer pour la présentation de deux de mes tours. J’avais choisi de présenter le tour de scène de l’aquarium rempli d’eau sortie d’une petite mallette et en close-up, DésOrdre, un changement d’ordre à vue de 3 dés dans un étui transparent. Le concours a lieu à huis clos. Le jury était composé de Gaëtan Bloom, président du jury, de Gérard Bakner, magicien et artiste renommé, de Guillaume Botta qui a fait l’École Centrale d’Ingénieur, de Céline Noulin, ancienne directrice de la Maison de la Magie Robert-Houdin de Blois, de José-Angel Suarez, organisateur du congrès Magialdia à Vitoria en Espagne, de Gabriel Merli, organisateur du Festival de magie de San Marino en Italie et d’Yves Labedade, très connu pour son implication auprès de la FFAP (FFM à présent).
Dans ma carrière professionnelle, je suis passé deux fois devant un jury. Jamais je n’aurai pensé ressentir le même sentiment à ma retraite, être jugé sur votre travail. À l’instant précis où je suis entré dans cette petite salle, j’ai pensé, tu ne vas pas décevoir. Mon guéridon d’une main, ma mallette de l’autre, je découvre les six membres du jury, et là, tout s’est mis en place, j’étais serein. Mon premier numéro s’est passé à merveille. J’ai enchaîné avec le deuxième tout aussi bien. Puis j’ai remercié le jury pour leur attention et une fois sorti je me suis senti plus léger et je m’empressais de retrouver mes charmants voisins, qui m’encourageaient depuis le début, pour leur raconter ma prestation. C’était vraiment une très belle expérience.


Il y avait treize candidats sélectionnés et quatre prix décernés pour ce concours. Très sincèrement je ne pensais plus du tout à la remise des prix le lendemain après-midi. Par contre quelle satisfaction de recevoir à mon stand un public de connaisseurs en magie qui appréciait mes créations. Le lendemain, je crois que chaque membre du jury est passé à mon stand, quel honneur ! Puis, ce fut la remise des prix, Serge Arial nous rappelle que le président d’honneur Jean Merlin n’a pu être présent pour des raisons de santé. Il fut longuement applaudi. Il nous a malheureusement quitté un mois après. Le président du jury, Gaétan Bloom a pris la parole pour la donner à Céline Noulin pour l’annonce du prix de l’encouragement qui m’a été décerné. À l’annonce de mon nom, j’ai été d’abord, bien sûr très surpris, puis submergé d’émotions comme un examen réussi récompensé grâce à beaucoup de travail. Gaétan Bloom m’a touché aussi en parlant de mes créations en bois très très bien pensées. Là, il fallait que je contienne mes émotions car je devais prendre la parole pour les remerciements. Je ne vous raconterai pas car je ne me souviens plus, mais je crois que j’avais les yeux un peu rouges. C’est beaucoup d’honneur ce prix, et déjà je pense à l’année prochaine pour une nouvelle candidature. Et puis ce prix m’encourage ainsi que toutes ces personnes avec qui nous avons échangé nos cartes, et sommes devenus amis sur les réseaux sociaux. Que du bonheur.
Quels sont vos futurs projets ?
Je continue ma gamme « Collection Un Petit Tour » en majorité réalisée en bois, mais l’impression 3D me permet de belles choses aussi. J‘ai quatre tours de scène en tête qu’il faut que je concrétise dans l’année, mais l’assemblage de mes petits tours est chronophage et me laisse moins de temps pour la création. Des clubs m’ont sollicité pour que je leur présente mes créations, donc je me déplacerai. Habiter dans le centre de la France (Vichy) me permettra de me rendre partout sans trop d’heures de route. Pour les personnes qui seraient intéressées par l’utilisation d’une découpe laser, j’aimerai partager mon expérience en faisant une conférence sur les possibilités qu’offre une telle machine. Des magiciens me sollicitent aussi pour les aider à concrétiser leur idée ou bien me demandent parfois de réaliser un effet. Voilà, je suis bien occupé et j’espère rencontrer beaucoup de monde car c’est une richesse de se faire de nouveaux amis dans ce petit monde de la magie.
Merci Gilles de nous avoir si bien éclairé sur votre travail !
Merci à vous.
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Notes :
1 FabLab est la contraction en Anglais de Fabrication Laboratory. Les FabLab se sont répandus très rapidement dans de nombreuses communes pour donner accès à tous à des machines-outils que vous pouvez utiliser en ayant une carte d’adhérent.
2 Le bois de balsa est un bois exotique très léger utilisé pour la réalisation de maquettes. Il est fragile mais très facile à couper.
3 Le MDF-HDF est un dérivé du bois fabriqué à sec et compacté à haute température.
4 Le Polycarbonate est comme le plexiglass mais beaucoup plus résistant. Jusqu’à 250 fois plus résistant aux chocs que le verre.
Interview réalisée en juillet 2025. Crédits photos – Documents – Copyrights avec autorisation : Gilles Devillars. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants droit, et dans ce cas seraient retirés.